3. L'Europe moderne, ses conquêtes et ses lois (du XVIe siècle à 1789)
La formation d'États modernes, à partir du xve siècle, se manifeste concrètement par l'apparition d'armées permanentes, d'impôts permanents et d'administrations organisées se substituant aux simples serviteurs personnels du roi. L'Angleterre, la France, puis l'Espagne reconquise, le Portugal en furent les premiers modèles, encore encombrés de survivances féodales et seigneuriales.
Au moment même où ils se constituent, les progrès techniques (poudre à canon, boussole, gouvernail, etc.) vont permettre les grandes découvertes : côtes de l'Afrique avec le prince portugais Henri le Navigateur, découverte de l'Amérique par Christophe Colomb en 1492, accès direct à l'Inde par le Cap grâce à Vasco de Gama en 1498, etc. Soudain, le monde s'élargit sur les plans économique et culturel, et les Européens sont amenés à prendre conscience de leur originalité. La révolution intellectuelle qu'a été la Renaissance accroît en quelque sorte les audaces de la pensée. Le cadre de la Chrétienté craque de toutes parts. La Réforme protestante, à partir de 1517, divise même la Chrétienté en plusieurs partis qui s'entre-déchirent.
• L'Europe face aux Turcs
Pourtant, l'expansion des Turcs ottomans aurait pu créer une vaste coalition européenne. C'est en 1453 qu'ils prennent Constantinople, anéantissant ainsi le vieil Empire romain d'Orient. Dans la notion de croisade contre les Turcs, l'Europe s'assimile à nouveau à la Chrétienté. On trouve cette idée chez le poète portugais Camões, qui parle de la « pauvre Europe » combattant le « féroce Ottoman ». De même, le Tasse considère la lutte contre les Turcs comme celle de l'Europe contre l'Asie. De même Érasme. Quant à Luis Vives, il écrit : « Nous tenons, de Gadès à l'Ister, une zone qui s'étend entre les deux mers et qui est la très courageuse et très puissante Europe. Là, si nous nous unissions, nous ne serions pas seulement égaux à la Turquie, mais supérieurs à toute l'Asie. »
La croisade ne put se faire. Les querelles des États modernes l'empêchèrent. Entourée de trois côtés par l'énorme royaume de Charles Quint, la France de François Ier alla jusqu'à s'allier aux Turcs contre son ennemi, pourtant catholique. D'ailleurs, grâce à celui-ci et à ses successeurs, le reflux ottoman commence. La victoire de Lépante (1571) est le grand tournant après lequel la Turquie ne cessera de reculer jusqu'en 1919.
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