4. L'ère des nationalités (1789-1919)
Au moment où les États ne se souciaient que de balance of power et où les intellectuels pratiquaient le cosmopolitisme, on vit apparaître, d'abord en Europe occidentale, puis en Europe centrale et enfin dans les Balkans, une tendance nouvelle qui devait, aux xixe et xxe siècles, gagner le monde entier : le sentiment national. Certes, le patriotisme est de toutes les époques ; on aime le pays de ses pères et on cherche à en expulser les envahisseurs étrangers. Mais, dans la seconde moitié du xviiie siècle, ce sentiment fruste se transforme en un concept élaboré : celui selon lequel chaque État, au lieu d'être délimité selon le hasard de la légitimité dynastique, doit coïncider avec une vaste communauté, la « nation ». Du principe des nationalités va surgir le « nationalisme » (le mot apparaît pour la première fois en 1798 dans un texte de l'abbé Barruel). Pour le nationaliste absolu, la nation devient la valeur suprême (et non l'humanité, ni une religion, ni évidemment l'Europe). Donc le souci de chaque nation est d'accroître sa puissance, même au détriment des autres, considérées comme inférieures. Si le principe des nationalités s'adapte fort bien à l'idée d'une communauté européenne, il est évident que le nationalisme constitue pour l'Europe une force de dissociation, un ferment de guerres d'autant plus puissant que les opinions publiques prennent conscience d'elles-mêmes et que de grandes passions collectives enveniment les conflits déclenchés par les princes.
Même sans volonté d'impérialisme, le principe des nationalités est générateur de luttes car il a des sources diverses. Avec Herder, puis Fichte, Jahn, Arndt, en Allemagne, l'idée de nation est fondée sur la langue et les traditions populaires. Avec la notion britannique de la self-determination, utilisée par les colons américains en 1776 pour réclamer leur indépendance, avec les principes de la Révolution française, la nation est déterminée par la volonté collective des hab […]
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