4. Du document à l'œuvre
Au sein de la volumineuse production d'Atget, il existe sans conteste des images prises pour être proposées aux différents clients et qui peuvent être assimilées à des documents, surtout dans les premières années. Encore faut-il s'entendre sur la signification du mot : désigne-t-il un sujet correctement photographié, identifié ? Une reproduction la plus neutre possible d'un motif ? Le moins que l'on puisse dire est que Atget a joué avec ce mot et a brouillé les pistes. Pour l'album « Intérieurs parisiens », par exemple, et notamment les photographies représentant l'appartement d'un artiste dramatique rue Vavin ou d'un ouvrier rue de Romainville, les légendes sont fausses, puisque les vues ont été prises dans l'appartement d'Atget.
Plus fondamentalement, c'est la façon dont Atget représente un sujet et notamment la place qu'il adopte face au motif qui est en question. À première vue, il semble proposer de simples constats. À la fin des années 1920, cette apparente neutralité, au moyen de photographies nettes et profondes, est mise en avant par les défenseurs de la modernité artistique et notamment par les tenants de la Nouvelle Photographie. « Une bonne photographie c'est, avant tout, un bon document », lance en 1928 le critique d'art Florent Fels. De là à dire que cette façon directe de photographier traduit une absence de regard, il n'y a qu'un pas que Florent Fels se garde bien de franchir. Ce dernier a plutôt souligné les affinités d'Atget avec le romantisme, d'autres vanteront son lyrisme, et d'autres encore, plus près de nous, sa distance critique. Ces jugements très divers traduisent la complexité d'Atget. Sa riche production contient de nombreuses vues qui ne sont en rien exploitables par un « client ». Ce n'est plus le sujet qui gouverne l'image, mais plutôt l'organisation des masses et des lignes de construction à partir d'un point de vue. Nombre de photographies sont par exemple barrées en leur milieu par des troncs d'arbre ou des poteaux télé […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 3 pages…



