Née à Moscou, Elsa Triolet a fréquenté très jeune les milieux intellectuels progressistes de la capitale russe. Sœur cadette de Lili Brik, la femme de Maïakovski, elle est aussi amie d'enfance du linguiste Roman Jakobson. Sa beauté, son charme et son intelligence font d'elle une sorte de muse du groupe futuriste. C'est pour elle que Victor Chklovski écrit Zoo, lettres qui ne parlent pas d'amour ou la Troisième Héloïse (1923). Il y inclut quelques textes de la jeune femme. Gorki les remarque et incite alors Elsa à écrire. Mariée à un Français, André Triolet, elle séjourne à Berlin et à Tahiti. Ce dernier voyage inspire son premier roman écrit en russe : À Tahiti (1926). Deux autres suivent : Fraise des bois (1926) et Camouflage (1928). Elle rencontre Louis Aragon en 1928 à Paris. Dès lors, leurs deux vies sont inséparables. À la fois compagne et inspiratrice du poète (il écrit pour elle Les Yeux d'Elsa, en 1942), membre, comme lui, du Parti communiste, elle entend bâtir son œuvre propre qui constitue cependant une sorte de réponse à celle d'Aragon. Après un assez long temps de silence, elle publie Bonsoir, Thérèse (1938). Durant la guerre, elle prend rang au côté des écrivains résistants et participe à la fondation des Lettres françaises et du Comité national des écrivains. Le Cheval blanc (1943) montre la recherche d'un bonheur insaisissable. Les Amants d'Avignon, parus d'abord clandestinement sous le pseudonyme de Laurent Daniel, en 1943, retranscrivent de façon directe l'expérience de la Résistance. Réuni avec un autre récit, Yvette, publié aussi dans la clandestinité, ils constituent le volume : Le premier accroc coûte deux cents francs qui obtient le prix Goncourt en 1944. Suit alors le cycle de L'Âge de Nylon où l'auteur entend, selon les principes du réalisme socialiste, dépeindre le monde capitaliste : Roses à crédit (1959), Luna Park (1959) et L'Âme (1963). Elle n'oublie cependant pas ses origines russes et traduit un choix de Vers et proses de 1913 à 1930 de Maïakovski (1957). Elle s'attache aussi à traduire […]
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