Né à Madrid en 1937, Eduardo Arroyo, qui a vécu et travaillé à Paris de 1958 à 1982 en effectuant quelques séjours en Italie et à Berlin, est sans doute l'un des peintres majeurs de l'Espagne contemporaine. Mais il est aussi l'un des peintres européens les plus offensifs qui aient été révélés depuis les années 1960. Élève de l'école de journalisme de Madrid, il est également écrivain : les livres qu'il a fait paraître en Italie (Opere et operette, 1973 ; Il poi viene prima, 1970) et en France (Panama Al Brown, 1982) l'ont déjà prouvé. Sa peinture doit ses qualités à cette double et permanente volonté : donner à entendre et donner à voir. Il parvient à convaincre ses adeptes d'autant plus facilement que l'humour, sa forme la plus naturelle d'intelligence et de langage, n'est jamais absent de ses affirmations plastiques et littéraires les plus abruptes. Fidèle à la philosophie de Cervantès, il a adopté à l'égard de toutes choses, esthétiques, psychologiques, politiques, et même sportives — Arroyo est un aficionado de la boxe, plus que de la tauromachie —, le point de vue du rieur subversif. Ce qui ne l'a pas empêché de militer sérieusement contre le franquisme en s'exilant en France dès 1958, à l'âge de vingt et un ans, et de consacrer à ce combat non seulement des livres (Trente-Cinq Ans après, 1974), mais aussi de nombreuses peintures : La femme du mineur Pérez Martinez est rasée par la police, 1970 ; Portrait du nain Sébastien de Morra, bouffon de cour, né à Cadaquès, dans la première moitié du XIXe siècle, 1970. Une facture ironiquement conventionnelle, parfois sèche et dure, souvent lyrique et provocante, le rapproche de Picabia plutôt que de Picasso : à lui seul, Arroyo renouvelle l'esprit radical de Dada en y ajoutant quelque chose qu'on pourrait appeler « la tragédie de la dérision ».
À Paris, où il a formé avec Gilles Aillaud et Antonio Recalcati un groupe très actif et créateur à partir de 1964, Arroyo a joué un rôle déterminant dans le développement de la nouvelle figuration, entrepri […]
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