Né en 1938 dans la banlieue de Milan, à Bresso, Antonio Recalcati, fils d'ouvrier, rêvait de devenir chanteur à la Scala. Il devint peintre, mais toute son œuvre garde la trace de ce rêve d'enfant : la « furia » d'un spectacle grandiose, où la réalité vécue acquiert les dimensions d'une épopée. Jeune héros déçu, il a présenté sa première exposition personnelle à l'âge de dix-neuf ans. Il aurait pu faire partie de ces peintres légendaires qui, comme Yves Klein ou Domenico Gnoli, sont morts trop tôt. Dès la fin de 1959, il avait trouvé sa voie, au-delà de son expressionnisme abstrait initial : une peinture d'un « vérisme halluciné » (Dino Buzzati), fondée sur l'empreinte directe de son corps ou de ses vêtements, sur des toiles recouvertes de peinture noire ou terre de Sienne. Empreintes négatives qui évoquent des rayographies et s'apparentent de loin aux œuvres de Francis Bacon, alors peu connu en Italie. En 1961, il a été invité à l'« Anti-Procès 3 », organisé par Alain Jouffroy et Jean-Jacques Lebel à la galerie Brera de Milan, où il participa à un Tableau collectif antifasciste (auquel collaborèrent également Enrico Baj, Erró, Jean-Jacques Lebel...) qui fut saisi par la police et qui n'est jamais ressorti des caves de la préfecture de Milan. Les Empreintes de Recalcati, 1960-1962 font l'objet d'un livre d'Alain Jouffroy : « Entre l'éclair atomique et les rayons X de la recherche radiographique, y écrit-il, les Empreintes de Recalcati visent à imposer l'idée de la réduction de la peinture à l'image de l'homme qui se tient face à la toile, et qui n'a que ses mains, ses bras, son visage comme moyens d'expression, de défense et de lutte. » Les Anthropométries qu'Yves Klein peignit simultanément à Paris sont dépourvues de cette dimension tragique et participent davantage de la féerie chorégraphique : Yves Klein utilisait pour les peindre des modèles nus féminins, qu'il dirigeait à distance comme un chef d'orchestre. D'une solitude farouche, souvent agressive, Recalcati a tiré parti d'une plus grande adhés […]
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