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DJÉZIREH

Plateau du Proche-Orient, à cheval sur la Syrie et l'Irak, la Djézireh doit son nom à sa situation entre le Tigre et l'Euphrate moyens : en arabe, al-Djazīra signifie l'île. Elle s'étend entre le rebord du Taurus, en Turquie, au nord, et la basse plaine inondable de Mésopotamie qui commence vers Bagdad, au sud. À l'ouest l'Euphrate et à l'est le Tigre coulent dans des vallées encaissées presque inexploitées jusqu'au milieu du xxe siècle. La ride montagneuse de direction est-ouest du djebel Sindjar et du djebel Abd el Aziz divise en deux ce vaste plateau. Au sud, la basse Djézireh doit aux conditions climatiques défavorables (moins de 200 mm de précipitations) d'être naturellement vouée au nomadisme pastoral, que pratiquent encore les grandes tribus bédouines, Chammar, Djebbour et Beggara. Le djebel Sindjar est occupé par les paysans Yezidi. Au nord de celui-ci, la haute Djézireh reçoit assez de précipitations pour permettre les cultures extensives de céréales : mais les nomades sont proches, d'où l'existence d'une maamoura, frange paysanne pionnière incertaine. Lieu de passage dans l'Antiquité entre les deux branches du Croissant Fertile, la haute Djézireh fut cultivée à l'époque assyrienne, romaine et ‘abbāside. Mais les Bédouins l'ont reconquise à partir du xive siècle et annexée au désert. La reconquête sédentaire est récente : au temps du mandat français, des réfugiés assyro-chaldéens d'Irak furent installés dans la haute vallée du Khabour en Syrie. Le grand mouvement de recolonisation date d'après 1945 : des entrepreneurs de Mossoul, et surtout d'Alep, y développèrent la grande culture mécanisée du blé ; parallèlement, l'irrigation par pompage se développa et permit la culture intensive du coton. La haute Djézireh syrienne produit des céréales, du riz, du coton.

Jean-Marc PROST-TOURNIER

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