4. Charisme personnel
Il obtient le prix Nobel de la paix en 1989 et devient universellement célèbre. Voyageur infatigable, reçu par plusieurs chefs d'État, il continue à assumer son double rôle de chef d'État en exil et de plus haute figure du bouddhisme tibétain. Levé à trois heures du matin, il commence sa journée par plusieurs heures de méditation. La matinée, à McLeod Ganj, est consacrée aux affaires politiques : réunions avec les ministres, relations diplomatiques, etc. L'après-midi est réservé aux audiences publiques et privées. Plusieurs fois par an, il voyage, aussi bien en Inde, où de nombreux centres bouddhiques ont retrouvé une vive activité sous son influence, que dans le reste du monde. Il s'exprime volontiers dans la presse, à la radio, à la télévision.
Il a déclaré à plusieurs reprises son intérêt pour les recherches scientifiques contemporaines, et on le voit participer à des congrès d'astrophysiciens ou de neuro-psychiatres. Il dit que le bouddhisme, selon lui, est avant tout une « science de l'esprit », mais cette attitude ne l'éloigne jamais des concepts bouddhiques traditionnels, qu'il continue à approfondir. Parmi ceux-ci, outre la compassion, dont il est l'incarnation même, il met volontiers en avant l'impermanence (arme précieuse contre tout intégrisme) et l'interdépendance (qui donne à l'écologie sa base véritable et assure à l'homme une place solidaire dans la nature). Il est l'opposé d'un chef religieux qui voudrait à tout prix convertir, rallier les autres à sa cause. Au contraire : il conseille à chacun de chercher d'abord en lui-même, et dans sa propre tradition, avant de demander au bouddhisme, s'il le désire, un autre accent, une autre dimension.
Sans aucun doute, par sa personnalité, à la fois chaleureuse, profonde, rieuse et obstinée, aussi bien que par les événements exceptionnels qui ont composé sa vie, il a largement influencé le développement du bouddhisme tout entier en le rendant plus clair, plus accessible, plus proche de l'humain. Ne sachant pas si son combat politique atteindra un jour le but qu'il recherche, il vit dans le mouvement, et dans la conscience de ce mouvement, tenant la faculté d'acquérir une qualité, la prajñā, pour plus précieuse que l'acquisition elle-même.
Il accepte l'idée qu'il est peut-être le dernier dalaï-lama. Si un jour le peuple tibétain ne veut plus de cette institution, il se retirera, dit-il, dans un couvent, sans aucune possession, pour y finir ses jours comme un vieux moine courbé sur son bâton. Et dans le fond, ajoute-t-il en riant, « ce n'est peut-être pas si mal ».
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