2. Langue et parole
La pertinence des propositions saussuriennes s'établit à partir du moment où les signes ne sont plus conçus comme une collection d'unités (un lexique en ordre alphabétique par exemple) mais comme l'actualisation des potentialités d'un système – ou structure – partagé par une communauté linguistique, c'est-à-dire d'une langue, par opposition à la parole, qui marque son expression individuelle. Le jeu de « valeurs », d'oppositions relatives et négatives, ne laisse nulle part apparaître de substance de la langue, seulement des différences entre formes. Par exemple, aucune valeur intrinsèque du « è ouvert » ne peut être décidée : si ce phonème fonctionne comme une marque du féminin dans l'alternance il/elle, c'est pour autant qu'il y apparaît en contraste dans une paire dont la différence est paradigmatique pour l'opposition masculin/féminin en français. Hors de cette série, l'opposition i/è n'a pas de signification particulière. De même, la signification d'un terme ne pourra être définie sinon par relation avec ceux qui sont co-occurrents : rire définit sa valeur par rapport à pleurer, ricaner, sourire, pouffer... L'observation d'un élément isolé n'est d'aucune utilité : seul compte le faisceau d'oppositions qui le détermine.
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