3. Un optimisme révolutionnaire
Travaillant simultanément à plusieurs projets, sans cesse remis sur le chantier, Brancusi avait conçu dès 1922 une sculpture sur le thème du Coq gaulois, réduit à sa crête dont les quatre arêtes étaient censées correspondre aux syllabes du chant d'éveil. Mais il les limite ensuite à trois. Quand il en coule un modèle en bronze en 1935, il le dispose sur un socle en pierre et en bois qui rappelle encore La Colonne sans fin. Parallèlement, il a transformé le thème de la Muse endormie en Prométhée, puis dans Le Nouveau-Né de 1915, La Sculpture pour aveugles de 1916, jusqu'au magnifique Commencement du monde de 1924, où la forme ovoïde est librement disposée sur un disque en acier poli. Au travers des variations formelles de ces sculptures, l'idée d'une origine unique, biologique et spirituelle, leur est commune. Dans plusieurs autres pièces horizontales, il dédoublera l'objet par son image dans le miroir : Le Poisson de 1922, en marbre jaune, Le Nouveau-Né II de 1925, Le Poisson de 1926, en bronze poli sur disque en acier, etc. En 1943, il réalise l'une de ses plus belles œuvres : Le Phoque, en marbre veiné gris, sur deux tables en pierre, dont celle du haut tourne à l'aide d'un moteur.
Bestiaire qui ne fait pas de Brancusi un sculpteur animalier, puisqu'il traite de la même manière la tête humaine dans ses portraits de Mademoiselle Pogany de 1913 et 1919, ou La Princesse X de 1916, qui fit scandale en 1920 au Salon des indépendants : Matisse crut y reconnaître un phallus, alors qu'elle avait été exposée sans problème en 1917 à New York. Elle fut enlevée avant le passage du ministre. Interviewé ensuite, Brancusi a déclaré : « Ma statue [...], c'est la synthèse de la femme, l'Éternel féminin de Goethe, réduit à son essence. Cinq ans, j'ai travaillé, j'ai fait dire à la matière l'inexprimable [...]. Et je crois, enfin vainqueur, avoir dépassé la matière. » Un manifeste, signé par ses amis Picabia, Erik Satie, mais aussi par Derain, Picasso, Laurens, Léger, Cocteau, Reverdy, Cendrars, prit fait et cause pour Brancusi, et du même coup pour l […]
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