2. Une maison du monde à ciel ouvert
Maïastraïa, le premier oiseau auquel Brancusi ait dédié, en 1910, une sculpture révélatrice de son besoin de rejoindre le « sommet des sommets », est celui qui, dans les légendes et les contes populaires roumains, « aide le Prince charmant à délivrer sa bien-aimée ». La forme imposante et dominatrice qu'il lui donne, le bec très haut levé au-dessus d'un ventre ovoïde proéminent, est celle d'une divinité : le paganisme, sinon le polythéisme, n'est pas étranger à cette déification d'un animal. Il le juche sur un groupe de personnages très primitifs, qui soutiennent leur tête de leurs mains et reposent eux-mêmes sur un haut socle quadrangulaire. Selon Natalia Dumitresco et Alexandre Istrati, « Brancusi y voyait le symbole du spirituel ». Quand il en signera la version en bronze en 1912, il la posera sur un socle moins élevé, mais qui évoque déjà les éléments de La Colonne sans fin. Dans des versions ultérieures de Maïastraïa, il éliminera le bec, ce qui annonce la forme en fuseau de L'Oiseau d'or de 1919 et de L'Oiseau dans l'espace de 1921. Il épurera le prodigieux mouvement d'ascension vers le cosmos, de 1925 à 1931, jusqu'à lui imposer la courbure d'un arc bandé vers l'horizon, mais dont la « flèche » serait tirée mentalement vers le zénith. Trouvaille poétique et formelle sans précédent : la tension des lignes de force en est telle que la disparition de la queue et des ailes de l'oiseau favorise l'évocation de sa rapidité fulgurante de pénétration dans l'espace. On peut y reconnaître la notion du « vite » de Duchamp, mais aussi la volonté de suggérer une quatrième dimension spirituelle de la sculpture.
Colonne vertébrale de la relation de l'homme avec l'univers, La Colonne sans fin s'inspire formellement, par ses rhomboïdes superposés, des balustres de sa maison natale : on en voit encore aux balcons des maisons de bois de cette province. Quand il en conçoit, après un premier modèle en 1912, un second exemple en 1918, il vit depuis deux ans d […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 4 pages…



