Philosophe rare, Clément Rosset s'attache à penser la joie et le tragique, le plaisir d'exister et la nécessité du hasard, le tout se résumant en un mot de quatre lettres, en apparence fort simple à comprendre, mais dont les penseurs professionnels prennent un malin plaisir à se détourner : le réel. De fait, Clément Rosset pourrait passer à juste titre pour un monomaniaque ou un obsessionnel qui a consacré l'essentiel de son œuvre à exposer par les biais les plus divers le caractère indéfinissable, singulier et non répétable du réel. L'aveuglement humain, tissé de déni et de mauvaise foi, a sans nul doute fortement stimulé son inspiration, comme l'attestent les premiers mots de son ouvrage le plus célèbre : « Rien de plus fragile que la faculté humaine d'admettre la réalité, d'accepter sans réserves l'impérieuse prérogative du réel » (Le Réel et son double, 1976). Il est en effet toujours plus facile de se détourner d’une réalité souvent gênante et insatisfaisante, de ne lui accorder qu’une sorte de tolérance, plutôt que de reconnaître son droit imprescriptible.
Fidèle à une tradition de pensée anti-idéaliste et hostile à toute herméneutique qui va de Lucrèce à Ci […]
