3. Deux styles et deux pratiques
Aux alentours de 1600, les compositeurs de musique vocale, religieuse ou profane, oscillant entre tradition et modernité, ont à choisir entre deux attitudes : ou la musique domine le texte, selon les habitudes de la prima prattica, ou le texte détermine la musique, selon les principes de la seconda prattica : « l'oratione sia padrona dell'armonia e non serva » (le texte est le maître de la musique et non sa servante). Ils feront largement appel à l'ornementation, aux madrigalismes, aux figuralismes, au stile rappresentativo (« espèce de mélodie chantée sur scène », selon Giovanni Battista Doni), en renforçant l'expression des sentiments, au stile recitativo, mélodie à mi-chemin entre la déclamation et le chant (avec un soutien harmonique), à la basse continue assumant une véritable fonction harmonique (cf. cinquième et sixième livres de madrigaux).
Claudio Monteverdi, musicien lucide, homme de la Renaissance et de l'époque baroque, exploite intelligemment toute la palette sonore et les tendances esthétiques de son temps ; il s'agit de « parler en chantant » pour provoquer chez l'auditeur tristesse et gaieté, larmes et rire ; il veut émouvoir, susciter les passions humaines – « movere gli affetti », exprimer les sentiments individuels par le chant individuel et le style concertant (à partir du cinquième livre de madrigaux). Il est à la fois un humaniste qui place la musique au service du texte, et un musicien baroque qui préconise un art raffiné et particulièrement expressif. Par sa vaste production sacrée et dramatique, par sa musique mise au service de la religion et écrite pour un public aristocratique, par son sens de l'humain, par son application de la prima prattica plus objective et de la secunda prattica plus subjective, Claudio Monteverdi s'est imposé dans l'histoire de la musique non seulement comme un génie italien et européen, mais encore comme un génie de tous les temps, qui « savait ce qu'il faisait ».
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