Petit-fils d'un laboureur assez fortuné pour pouvoir acheter à son fils une charge d'avocat, Charles Loyseau fait à Paris, sa ville natale, des études de droit qui lui ouvriront les offices de judicature. Lieutenant de bailliage, puis bailli, il fait une honorable carrière dans la magistrature de province, avant de revenir à Paris, où il termine ses jours comme bâtonnier de l'ordre des avocats. C'est sans doute à Châteauroux, où il a résidé de longues années à partir de 1600, qu'il a mis en forme la plupart de ses œuvres dont les plus importantes sont le Traité des seigneuries, le Traité des offices et le Traité des ordres et simples dignités.
Loyseau y reprend la distinction de Jean Bodin entre la monarchie seigneuriale, qui donne au souverain la possession des personnes et des biens et engendre l'esclavage des sujets, et la monarchie royale, limitée par les lois fondamentales, la coutume et le droit naturel, et qui, au contraire, entraîne le souverain à protéger les libertés individuelles et les propriétés privées. C'est ce qui fait, selon Loyseau, la différence entre le système politique de la Moscovie, qui est une monarchie seigneuriale, et celui de la France, qui a le meilleur gouvernement possible. Mais l'intérêt de l'œuvre de Loyseau réside essentiellement dans la peinture qu'il fait de la société française en ce début du xviie siècle. Car il est à la fois témoin et partie prenante dans la lutte qui oppose l'ancienne noblesse au groupe en pleine ascension des officiers royaux, lutte qui est illustrée à son époque par la querelle entre noblesse et tiers aux états généraux de 1614-1615. Pour réfuter la supériorité de la noblesse de race, Loyseau fait appel à deux théories. La première fera fureur au xviiie siècle et sera encore avancée au xixe : c'est celle de l'origine franque des gentilshommes, descendants des envahisseurs germaniques et qui auraient maintenu les Gallo-Romains dans une situation subalterne, donnant ainsi naissance au tiers état ; il en tire la […]
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