2. Le climat janséniste
Cette évolution, si elle rejoint la tendance dominante de l'art parisien, une esthétique épurée proche, a-t-on dit, de l'idéal « attique » (La Hyre, Le Sueur), s'explique aussi par des données plus personnelles : après la mort de sa femme (1638) et de son fils Claude (1642), Champaigne se tourne de plus en plus vers la piété et la méditation. Vers 1643, il se lie au milieu janséniste qu'il fréquentera régulièrement après l'entrée de sa fille Catherine à Port-Royal en 1657. Se conjuguant avec celles du carmel et des chartreux (le grandiose Christ en croix du Louvre fut peint en 1674, l'année de sa mort, pour ces derniers), l'influence exacte des messieurs de Port-Royal sur son art est difficile à évaluer précisément, sinon en termes iconologiques ; en revanche, on peut affirmer que les œuvres austères produites par l'artiste dans le climat janséniste, qu'il s'agisse de portraits comme celui dit d'Arnauld d'Andilly (1650, musée du Louvre) ou comme le célèbre Ex-voto peint à l'occasion de la guérison miraculeuse de sa fille (1662, Louvre) ou de sujets sacrés comme le Christ mort étendu sur son linceul (Louvre), comptent parmi les plus fortes et les plus profondes de sa production. À partir de 1645, Champaigne participe au mouvement qui fondera l'Académie royale de peinture et de sculpture en 1648. Vers la fin de sa vie, devenu recteur, il y donnera des conférences sur Titien et sur Poussin, qui seront l'occasion d'affrontements avec le très dogmatique Le Brun. À cette date il est vrai, l'art complexe de Champaigne, que figent avec une froideur accrue ses élèves Nicolas de Platte-Montagne et Jean-Baptiste de Champaigne, son neveu, appartient à une sensibilité révolue.
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