Le canal de navigation est une vaste voie d'eau, une ligne qui sillonne le territoire et qui a, malgré la variété des paysages traversés, une étonnante unité de conception et souvent de réalisation. Cette unité, ponctuée par la répétition d'ouvrages d'art (écluses, maisons éclusières, épanchoirs, ponts...), explique la rigueur de sa construction.
Le canal partage avec la voie ferrée ce caractère artificiel, mais la présence, qui semble naturelle, de l'eau le rend ambigu. Et de ce contraste entre nature et artifice naît sa spécificité.
Le canal est un objet technique, un ensemble d'ouvrages qui doit d'abord être envisagé comme une machine hydraulique, à l'échelle du territoire. Mais ses dimensions architecturales et ses rapports avec le paysage ne sont jamais, dans son cas, des données arbitraires. Il ne s'agit pas de qualités ajoutées, tel un décor, une fois les contraintes techniques résolues. Ces qualités ne lui sont pas davantage prêtées par un regard contemporain, nostalgique, pour ne pas dire passéiste.
Si parler de l'esthétique des ouvrages d'art est banal depuis la fin du xixe siècle, c'est-à-dire depuis qu'on a formulé la doctrine « fonctionnaliste », selon laquelle la beauté est dans l'utile et le bien construit, il faut admettre désormais qu'il existe dans le travail de l'ingénieur une imbrication entre des préoccupations purement techniques et d'autres de nature esthétique. En effet, l'idée que la beauté d'un ouvrage d'art (ou d'un bâtiment) découle uniquement de ses qualités fonctionnelles et constructives ne peut plus être soutenue aujourd'hui. L'étude de la conception des canaux, aux xviiie et xixe siècles par exemple, démontre au contraire la complexité des préoccupations des ingénieurs et le caractère inextricable de leurs expressions respectives. L'esthétique, inhérente au travail de l'ingénieur, n'est pas simple conséquence de l'excellence technique. L'architecture des canaux (masses, détails, inscription dans le paysage) en apporte un des meilleurs témoignages.
1. Une machine hydraulique à […]
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