« Je suis un Bleu de l'Ouest », disait Camille-Ernest Labrousse. Il était né le 16 mars 1895 à Barbezieux, en Charente, d'une famille d'artisans et de commerçants. Ses ancêtres étaient maréchaux-ferrants, et son père, tailleur et marchand de draps ; milieu républicain, radical, laïc, voire franc-maçon, lecteur de Victor Hugo et de Michelet, admirateur de la Révolution française, dont C.-E. Labrousse dira : « Elle a été la fidélité de toute ma vie. » Dès quinze ans, avec des camarades de classe, il fonde un Club des jacobins qui édite un journal, L'Avenir ; en exergue, la phrase de Pierre Gaspard Chaumette : « Quand le pauvre n'aura plus rien à manger, il mangera le riche. » Pourtant, en ce début de siècle, l'anarchisme s'affirme comme l'engagement le plus séduisant pour une jeunesse hantée par l'inégalité de la soi-disant « Belle-Époque ». C.-E. Labrousse est secrétaire de la Fédération anarchiste communiste de l'Ouest, et il écrit dans Le Libertaire de Sébastien Faure. « Monté » à Paris en 1912, il entreprend des études d'histoire à la Sorbonne et, sous la direction d'Alphonse Aulard, des recherches sur la Terreur. La guerre l'empêche de passer l'agrégation. Mobilisé en 1914, gravement malade, il est réformé en 1915, puis nommé au lycée de Rodez. En 1917, il épouse la fille d'un notable bordelais.
Ce faisant, C.-E. Labrousse évolue ; il adhère à la S.F.I.O. et écrit dans L'Humanité (1919-1924). Attiré par la révolution russe, il fait partie du courant majoritaire qui, en 1920, provoque la scission du P.C.F. Mais, hostile à la bolchevisation du parti, il le quitte en 1925 pour n'y plus revenir. Le socialisme démocratique, celui de la Ligue des droits de l'homme et de Jaurès, est désormais son horizon ; retour à la S.F.I.O. en 1938, Résistance aux côtés d'Amédée Dunois, travail aux côtés de Léon Blum après la guerre, rédaction en chef de la Revue socialiste (1948-1954), passage au P.S.A., puis au P.S.U. (1958) par hostilité à la guerre d'Algérie indiquent un intérêt politique relativement rare dans […]
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