2. Vers une nouvelle théorie de la bureaucratie
• Les néo-rationalistes
Les premiers théoriciens de la rationalité bureaucratique avaient accepté, sans la mettre en doute, l'expérience des ingénieurs tayloriens qui ne considéraient pas les membres d'une organisation comme des êtres libres mais comme de simples rouages de la machine. Les théoriciens des dysfonctions s'appuyaient avant tout sur une analyse des éléments affectifs du comportement.
Le renversement de perspectives, qui s'est amorcé à la fin des années cinquante, s'est opéré à partir de la reconnaissance du caractère libre et actif de chaque agent humain au sein d'une organisation. Cet élargissement humaniste a permis paradoxalement un retour au rationalisme dont les fondements sont, d'une part, une théorie nouvelle de l'action et, d'autre part, une théorie nouvelle du pouvoir.
La nouvelle théorie de l'action est le fruit d'une très longue pratique de méthodes nouvelles et plus scientifiques de prise de décision, qui ont permis d'introduire un nombre croissant de facteurs contingents dans ce qui apparaissait comme un univers complètement déterministe. C'est Herbert Simon qui a été l'inspirateur intellectuel de ce renversement. Il a très vivement et pertinemment critiqué le principe du one best way – une fois le but fixé, il y a toujours un seul meilleur moyen (à découvrir par les ingénieurs) pour y parvenir – et il lui a substitué le concept de rationalité limitée. L'homme ne peut parvenir à la rationalité absolue, limité qu'il est théoriquement par d'insolubles problèmes d'ordre cognitif, et, pratiquement, par le coût même de l'information. La découverte de l'existence de ces facteurs limitatifs permet de rétablir l'analyse rationnelle en la mettant à sa vraie place et de tenir compte des facteurs humains qui ne vont pas à l'encontre de son exercice, mais en déterminent simplement le cadre. Dans cette nouvelle logique, l'organisation hiérarchique monocratique n'apparaît plus comme l'incarnation de la rationalité, mais co […]
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