Méconnu – comme beaucoup d'autres jazzmen, dont les qualités professionnelles sont monopolisées par les studios –, le saxophoniste alto et flûtiste américain Bud Shank reste l'un des plus remarquables tenants du style West Coast et un persuasif avocat des émois feutrés du cool. Technicien accompli et recherché, il a su en outre anticiper l'évolution du goût vers l'alliance du jazz avec les musiques du monde et se révéler un improvisateur subtil et original.
Clifford Everett Shank, Jr., naît le 27 mai 1926 à Dayton (Ohio). Il apprend très tôt la clarinette, les saxophones alto et ténor ainsi que la flûte. Il joue au sein de l'orchestre de Charlie Barnet en 1947 et en 1948 ; c'est à cette époque qu'il abandonne le saxophone ténor au profit de l'alto, et il emprunte bien vite les voies sonores et esthétiques ouvertes par Shelly Manne et Miles Davis. Il joue de la flûte et de l'alto au sein de l'aventureux très grand orchestre de Stan Kenton nommé Innovations In Modern Music (1950-1951), tout en se produisant avec Alvino Rey et Art Mooney. En 1952, Bud Shank se fixe dans la région de Los Angeles, où il devient un des protagonistes du jazz West Coast. Il commence une durable association avec les Lighthouse All Stars, groupe qu'anime le contrebassiste Howard Rumsey. Il s'y distingue en organisant dans ce cadre, avec Bob Cooper, un très inhabituel duo flûte-hautbois qui obtient en 1954 un indéniable succès public. Après avoir quitté les Lighthouse All Stars à la fin de 1955, il fonde, avec le pianiste Claude Williamson, son propre quartette, qu'il fait applaudir en Europe et en Afrique du Sud (mars-juin 1958). Il s'associe au guitariste brésilien Laurindo Almeida et s'intéresse, précédant de peu Stan Getz, à la fusion du jazz et des musiques brésiliennes – samba et bossa nova (Holiday in Brazil, 1958 ; Latin Contrasts, 1958).
Au début des années 1960, il constitue, autour du trompettiste Carmell Jones, un quintette personnel. Il se produit avec l'interprète de bossa nova Sergio Mendes, se laisse fasci […]
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