Chacun sait quand utiliser les verbes : regarder ou écouter plutôt que voir ou entendre ; chacun identifie sans peine les nuances qui différencient des expressions comme : faire attention, surveiller du coin de l'œil, ne pas prêter attention, attirer l'attention ou être distrait ; chacun reconnaît comme familières l'obligation dans laquelle se trouve un conducteur d'interrompre une conversation avec son passager lors d'une manœuvre délicate, ou la difficulté de mener un dialogue dans l'animation d'une réception ; chacun, en un mot, comprend immédiatement ce que signifie être attentif ou inattentif. Avant d'être un concept clé des sciences du comportement, l'attention est un mot du vocabulaire le plus banal, qui renvoie à des impressions subjectives associées à des situations identiquement et universellement vécues.
Recouvrant certainement des phénomènes psychologiques multiples, l'attention n'a jamais reçu de définition univoque. L'accent a tantôt été mis sur le sentiment vécu de focalisation, de concentration de la conscience sur un seul objet, sur le rôle de l'attention dans le traitement sélectif des informations, ou sur l'amélioration de l'activité sensorimotrice et intellectuelle qui caractérise le comportement attentif. L'important courant des recherches consacrées aux processus attentionnels depuis une vingtaine d'années est dû, d'une part, au développement, dans le domaine de la psychologie cognitive, de méthodes d'analyse inspirées de la formalisation informatique, visant à décomposer l'activité psychologique en opérations mentales élémentaires ; d'autre part, à la mise au point, dans le domaine des neurosciences, de techniques puissantes d'investigation permettant l'étude des mécanismes neurophysiologiques qui sous-tendent les aspects les plus sophistiqués de la vie mentale.
Abandonnant définitivement une conception unitaire au profit d'une conception multidimensionnelle de l'attention, les travaux psychophysiologiques les plus récents s'organisent autour de quelques axes de […]
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