Le Bengale s'est toujours distingué par sa contribution notable à l'aventure artistique et scientifique de l'humanité. Qui n'a entendu parler du poète Rabindranath Tagore, du mathématicien et physicien Satyendranath Bose, du cinéaste Satyajit Ray, ou encore de l'économiste Amartya Sen ? Plus récemment, des écrivains bengalis de langue anglaise tels que Bharati Mukherjee, Amitav Ghosh, Amit Chaudhuri et Upamanyu Chatterjee sont parvenus à s'imposer dans la république mondiale des lettres, malgré la présence des brillants chroniqueurs de Bombay dont Salman Rushdie est le chef de file. Parmi tous ces « enfants de minuit », Amitav Ghosh mérite une mention spéciale pour avoir donné voix aux aspirations et aux déceptions des peuples colonisés aux prises avec le processus de reterritorialisation. Il est aussi le premier écrivain indien à avoir été couronné par le prix Médicis étranger, pour son roman Les Feux du Bengale, en 1990.
1. Une réconciliation de la mémoire avec l'histoire
Né à Calcutta en 1956, Amitav Ghosh grandit au Bangladesh (alors Pakistan oriental), au Sri Lanka, en Iran et en Inde. Il poursuit ses études secondaires à la Doon School de Dehra Dun et prépare sa licence d'histoire au St. Stephen's College de Delhi, puis sa maîtrise de sociologie à la Delhi School of Economics. En 1976, en plein état d'urgence décrété par Indira Gandhi, il collabore au quotidien dissident Indian Express. L'octroi d'une bourse d'études l'amène à Oxford où il obtient un doctorat en anthropologie sociale en 1982. C'est aussi à Oxford qu'il rencontre les intellectuels indiens de tendance marxiste – très en vogue à l'époque – qui forment le groupe de Subaltern Studies. De retour en Inde, Amitav Ghosh travaille comme chercheur à la Delhi School of Economics et rédige son premier roman. Suivront d'autres livres et d'autres voyages. Polyglotte (il parle bengali, hindi, anglais, français et arabe), Amitav Ghosh vit à New York et enseigne la littérature comparée au Queen's College, City University of New York. Marié à l'écrivain américa […]
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