Né à Saint-Pétersbourg, A. M. Rodtchenko est une figure importante de l'avant-garde russe, non pas tant peut-être pour son « œuvre » picturale que pour son enseignement, sa personnalité d'animateur, de polygraphe. Après avoir subi l'influence de Malévitch, il se retrouve du côté de Tatline dans leurs éternelles querelles, pour devenir ensuite l'une des têtes du mouvement « productiviste » et abandonner (provisoirement) la peinture.
1. Le monochrome et la ligne
Dans le travail de peintre proprement dit de Rodtchenko, il y a déjà deux voies. L'une est la reprise des travaux monochromes de Malévitch, reprise qui deviendra rapidement refonte. Le Noir sur noir de Rodtchenko, peint en 1918, répond maladroitement au Carré blanc sur fond blanc de Malévitch : la toile de Rodtchenko présente de telles différences formelles, de telles variations de valeurs qu'elle n'a pas grand-chose à voir avec ce « degré zéro » auquel voulait aboutir Malévitch, mais semble plutôt une réflexion plastique sur le thème de la transparence et du recouvrement des surfaces. En 1921, Rodtchenko n'est plus ironique, s'il le fut, et présente trois tableaux parfaitement monochromes, Couleur rouge pure, Couleur bleue pure, Couleur jaune pure, dans lesquels l'absence totale d'élaboration formelle est ressentie par les théoriciens de l'époque comme un suicide : il a compris le geste de Malévitch et le porte à son comble, comme le remarque N. Taraboukine dans Le Dernier Tableau (1972).
L'autre voie du travail pictural de Rodtchenko est la mise en pratique d'une réflexion théorique sur le rôle de la ligne, qui demeure très riche, se situant après la mise en question du système linéaire de la Renaissance par Cézanne. Il s'agit pour Rodtchenko de donner à la ligne une tout autre fonction que celle qu'elle avait dans l'art classique (limiter la couleur, définir des figures, mais « ne pas trop se montrer » – le cerne et le tremblement sont transgressifs – pour que dans l'ombre la loi en soit plus efficace) : faire en sorte que la ligne […]
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