La vie de Stradella relève du roman. Deux cents cantates, des motets, sonates et symphonies, des opéras, des oratorios le disputent à cent intrigues amoureuses, à l'enlèvement d'une novice dans un couvent à Florence, à une affaire d'escroquerie à Rome, à une fuite à travers l'Italie avec une grande dame fiancée à un sénateur, à des embuscades de spadassins ; des maris jaloux, encore une élève séduite, d'où une nouvelle embuscade — qui réussit, celle-là : il meurt assassiné à Gênes. Les légendes se sont multipliées sur son compte, mais elles n'exagèrent sans doute pas et la vérité, qu'on ne saura jamais, pourrait bien être plus pittoresque encore. Cette existence mouvementée, désordonnée et géniale, manifeste l'un des aspects de la vie musicale italienne au xviie siècle. On ne s'étonnera pas de trouver chez ce don Juan une œuvre religieuse abondante, émouvante et incontestablement profonde et sincère : c'est inhérent à cet homme, à ce pays et à ce siècle. On ne s'étonnera pas non plus que la plupart de ses œuvres soient restées manuscrites : où aurait-il trouvé le temps et la disponibilité d'esprit que demande une édition ? Son œuvre n'en est pas moins considé […]
