Les historiens de la photographie qui se sont attachés à étudier le bouillonnement créatif qui emporte la photographie allemande au lendemain de la Première Guerre mondiale s'accordent à reconnaître en Albert Renger-Patzsch un chef de file dont le style original, puissant et si parfaitement défini a immédiatement séduit et entraîné à sa suite nombre d'émules. Chef de file, Renger-Patzsch le fut à plus d'un titre. Par ses images publicitaires, ses illustrations de livres et sa photographie de presse, il a certes donné ses lettres de noblesse à la photographie appliquée. Mais c'est surtout l'originalité du regard qu'il porte sur les objets les plus quotidiens et la préservation du rendu spécifiquement photographique de l'image qui ont fait de lui le représentant européen de ce que les Américains ont appelé la straight photography (photographie pure).
Comme pour tout artiste ou photographe travaillant en Allemagne à cette époque, il est impossible de dissocier l'œuvre de Renger-Patzsch du contexte social, économique et politique de la république de Weimar. Avec l'abolition du Reich, l'instauration d'un régime parlementaire et la grave crise économique résultant de la défaite, l'Allemagne connaît au début des années vingt de profonds bouleversements sociaux. La grande bourgeoisie industrielle doit compter avec les forces ouvrières qui ont enfin leurs représentants au Parlement et qui revendiquent des garanties de salaires, un contrôle sur la direction des entreprises, la sécurité sociale. La dépression économique a provoqué une inflation galopante, la dévaluation de la monnaie, un terrible accroissement du chômage qui renforcent encore la misère des classes défavorisées.
Cette détresse sociale est ressentie par beaucoup comme la conséquence directe du système des valeurs en vigueur sous l'Empire et qu'il faut à tout prix désarticuler. Pris au cœur de la tempête, le monde artistique connaît une série de ruptures radicales. L'expressionnisme est condamné pour ses excès d'in […]
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