Né dans l'Orne en 1936, Alain Corbin fait ses études à Caen, enseigne comme jeune agrégé d'histoire-géographie au lycée de Limoges avant d'occuper une chaire à l'université de Tours puis à l'université de Paris-I, où il remplace Maurice Agulhon. Sa thèse, Archaïsme et modernité du Limousin au XIXe siècle (Aubier, 1975), relève de l'histoire économique et sociale, classique depuis les travaux de Fernand Braudel. Mais très vite ses recherches vont s'orienter vers une anthropologie historique, ouvrant à chaque fois une perspective négligée. L'étude des Limousins le conduit à celle de la prostitution (Les Filles de noces, Aubier, 1978). Il ne se contente pas de fournir des chiffres, il esquisse une histoire de l'imaginaire. Si le paysan, l'étranger, la prostituée sont pour le Parisien ceux qui sentent fort et mauvais, on comprend la transition des Limousins et des filles de noces aux odeurs. Le Miasme et la Jonquille (Aubier, 1982) interroge la chimie et l'industrie des cosmétiques, l'urbanisme et la littérature, pour révéler la « révolution olfactive » qui aux anciennes odeurs animales et musquées substitue des senteurs végétales plus subtiles, et aux promiscuités odorantes, de nouvelles incompatibilités. On retrouve les campagnes françaises dans l'enquête sur l'importance du son des cloches et de l'environnement sonore (Les Cloches de la terre, Albin Michel, 1990) ou dans l'analyse d'un fait-divers sanglant en Dordogne en 1870 (Le Village des cannibales, Aubier, 1990). La grande ville, au contraire, est le lieu où se fonde une culture nouvelle des loisirs. Le Territoire du vide (Aubier, 1988) montre le renversement qui s'opère dans l'appréhension du bord de mer, lieu dangereux pour l'âge classique qui progressivement se pare de vertus médicinales, morales et esthétiques ; et L'Avènement des loisirs, ouvrage collectif (1995), la transformation du repos nécessaire à la reconstitution des forces de travail, en une parenthèse de vie différente et personnelle. L'œuvre d'Alain Corbin culmine dans Le Monde retrouvé de Loui […]
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