Sixième calife fāṭimide et personnage central du système religieux druze, tantôt cruel et despotique, tantôt humble, généreux et juste. Les raisons profondes du comportement étrange de Ḥākim restent inexpliquées. Il est proclamé calife en 996, et les premières années de son règne sont fort agitées : guerre avec les Byzantins et troubles intérieurs provoqués par les luttes d'influence entre les troupes berbères et les troupes turques. En 1000, al-Ḥākim fait assassiner son tuteur, Bardjawān ; désormais, il va régner en despote, avec une totale incohérence. Ainsi prend-il des mesures vexatoires à l'égard des juifs et des chrétiens : démolition d'édifices religieux, entre autres celle de l'église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, interdiction de célébrer diverses fêtes, exécutions arbitraires ; puis, en 1013, il fait restaurer églises, synagogues et monastères, il autorise même les chrétiens convertis de force à l'islām à retourner à leur religion primitive. Il édicte des mesures antisunnites et, en 1005, lance l'anathème contre les compagnons du Prophète, mais, en 1013, il autorise la restauration des rites sunnites et punit ceux qui insultaient les compagnons. De même, dans le domaine des mœurs, il fait par exemple interdire les instruments de musique, interdire aux chrétiens de boire du vin, interdire à quiconque de se promener la nuit dans les rues, promenades auxquelles lui-même prend grand plaisir. Il n'est pas étonnant que ces divers décrets aient soulevé l'indignation populaire et provoqué de nombreuses révoltes qu'il noie toutes dans le sang. Ces extravagances dans tous les domaines arrivent à leur paroxysme en 1017-1018 : « À ce moment deux Persans, Ḥamza et Darazī (duquel vient le nom : Druze), prêchaient une doctrine d'après laquelle Ḥākim incarnait l'Intellect divin, la plus haute manifestation de Dieu en dehors de son être ineffable : Ḥākim adopta la doctrine et tira une vengeance terrible d'émeutiers soulevés contre elle » (C. Cahen, L'Islam des origines au début de l'Empire ottoman, 1970). Sa mort survenue deux ans plus tard est tout aussi mystérieuse que sa vie : le 13 février 1021, il ne revient pas d'une de ses promenades nocturnes coutumières. On ne retrouva jamais son corps. Le plus vraisemblable est qu'il fut assassiné à l'instigation de sa sœur, Sitt al-mulk, qui craignait elle-même pour sa vie. Depuis ce jour, les Druzes attendent son retour.
Georges BOHAS
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