15-18 juin 1989C.E.E. Élections européennes

 

L'élection des députés à l'Assemblée des communautés européennes a lieu dans onze des pays membres suivant le système de la représentation proportionnelle, mais dans des cadres et selon des modalités différentes ; seule la Grande-Bretagne reste fidèle au scrutin majoritaire. Le scrutin a lieu le 15 et le 18 selon les pays, mais aucun résultat n'est rendu public avant le 18 au soir. Dans la plupart des cas, il est marqué par une forte abstention.

Le 15, les électeurs de cinq pays sont appelés à voter :

– Grande-Bretagne : quatre-vingt-un sièges. Avec 36 p. 100 (contre 32,6 p. 100 en 1984), le taux de participation est le plus faible des Douze, Margaret Thatcher subit sa première défaite électorale depuis son arrivée au pouvoir en 1979, puisque les travaillistes réussissent à inverser exactement les résultats de 1984 en obtenant, avec 40,23 p. 100 des voix quarante-cinq sièges (au lieu de 32), contre trente-deux aux conservateurs (34,15 p. 100 des voix) qui en avaient quarante-cinq. Le spectaculaire succès des Verts (14,99 p. 100 des voix) ne leur permet pas, en raison du système électoral, d'enlever un seul siège. L'opposition demande immédiatement des élections législatives anticipées, tandis que le Premier ministre se mure dans un prudent silence.

– République d'Irlande : quinze sièges. La participation, assez forte (68,3 p. 100 contre 47,6 p. 100 en 1984), s'explique par la coïncidence avec les élections législatives. Une nette poussée de la gauche est observée : les Démocrates progressistes, le Parti travailliste et le Parti ouvrier ont chacun un élu, au détriment du Fianna Fail, parti du Premier ministre sortant (6 sièges, — 2) et du principal parti d'opposition, le Fine Gael (4 sièges, — 2).

– Danemark : seize sièges. Le taux de participation est en baisse par rapport à 1984 (46 p. 100, contre 50,3 p. 100). Le Parti conservateur du Premier ministre Poul Schlüter essuie un grand échec en perdant deux de ses quatre sièges, tandis que l'opposition sociale-démocrate double le nombre de ses représentants (4) et que le mouvement anti-C.E.E. conserve les siens (4).

– Pays-Bas : vingt-cinq sièges. Le taux de participation est de 47,2 p. 100 (contre 50,5 p. 100 en 1984), le plus faible jamais enregistré. Parmi les partis de la majorité, le C.D.A. (chrétiens-démocrates) du Premier ministre démissionnaire Ruud Lubbers renforce ses positions (10 sièges, + 2) avant les élections législatives de septembre, au détriment des libéraux du V.V.D. (3 sièges, — 2), à l'origine de la crise. Dans l'opposition, les sociaux-démocrates (P.V.D.A.) perdent un siège (8), tandis que l'alliance Arc-en-ciel (écologistes) réussit, avec 7 p. 100 des voix, à emporter deux sièges.

– Espagne : soixante sièges. La participation est de 54,8 p. 100 contre 69 p. 100 en 1987. Malgré l'agitation sociale, le Parti socialiste (P.S.O.E.) du Premier ministre Felipe González conserve vingt-sept sièges (— 1 par rapport à 1987) en augmentant ses résultats en voix (39,6 p. 100, + 0,2 p. 100). Le verdict est plus sévère pour l'opposition : le pacte conclu entre le Parti populaire (P.P.) de Manuel Fraga et le Centre démocratique et social (C.D.S.) de l'ancien Premier ministre Adolfo Suarez ne profite ni au premier (15 sièges, — 2) ni au second (5 sièges, — 2). La Gauche unie est le seul parti qui progresse en voix (de 5,3 à 6 p. 100) et en sièges (4, + 1), tandis que le reste des suffrages se disperse sur des listes régionales (basques, andalous).

Le 18, les électeurs des autres pays votent à leur tour :

– Allemagne fédérale : quatre-vingt-un sièges. La participation progresse par rapport à 1984 (61,5 p. 100, contre 56,8 p. 100). Si la C.D.U.-C.S.U. (chrétiens démocrates) du chancelier Helmut Kohl perd plus de 8 p. 100 des voix (37,7 p. 100) et neuf sièges (32) par rapport à 1984, elle devance néanmoins toujours l'opposition sociale-démocrate (S.P.D.) qui, malgré sa stabilité en voix (37,3 p. 100, — 0,1 p. 100), perd deux sièges (31). Le fait marquant est l'apparition des républicains de Franz Schönhuber, qui enregistrent, avec 7,1 p. 100 des voix (6 sièges), le plus haut score d'une formation d'extrême droite dans une consultation nationale depuis la guerre. Les Verts sont relativement déçus de ne gagner qu'un siège (8), avec 8,4 p. 100 des voix.

– Belgique : vingt-quatre sièges. En raison du vote obligatoire, la participation est la plus élevée d'Europe (93 p. 100). La coalition gouvernementale est renforcée en Wallonie, avec les gains du Parti socialiste francophone (41 p. 100 des voix, + 7 p. 100, 5 sièges) et du P.S.C. (Parti social-chrétien, + 4 p. 100 des voix, 2 sièges) ; mais elle recule en Flandre, puisque les socialistes passent de 28,1 à 20,6 p. 100 des suffrages (3 sièges, — 1), et la Volksunie (nationalistes) de 13,9 à 8,3 p. 100 (1 siège, — 1). À noter le score des écologistes (16,1 p. 100 des voix, 2 sièges) et l'émergence de l'extrême droite flamande (1 siège).

– Grèce : vingt-quatre sièges. La forte participation (77,7 p. 100) résulte du couplage avec les élections législatives, dont les résultats se rapprochent. Le Parti socialiste (P.A.S.O.K.) d'Andréas Papandréou (35,2 p. 100 des voix, — 6,1 p. 100) perd un siège (9), au détriment de la Nouvelle Démocratie (conservateur), qui passe de 38,1 à 40,8 p. 100 des voix et gagne un siège (10). Le Rassemblement des forces de gauche obtient un bon score, avec 14,5 p. 100 des voix et quatre sièges.

– Italie : quatre-vingt-un sièges. La participation élevée (81,5 p. 100) s'explique essentiellement pour des raisons de politique intérieure : à cause de la crise gouvernementale, le scrutin sert de test en taille réelle. Le Parti socialiste progresse de 11,2 à 14,8 p. 100 des voix (12 sièges, + 3), alors que la Démocratie chrétienne obtient 32,9 p. 100 des voix et vingt-sept sièges et que le Parti communiste perd cinq élus avec 27,6 p. 100 des voix et vingt-deux sièges, dont un sera occupé par le juriste français Maurice Duverger. Les Verts réussissent leur percée en emportant trois sièges.

– Luxembourg : six sièges. La participation est élevée (87 p. 100), le vote étant, comme en Belgique, obligatoire. La représentation reste stable : trois sièges pour les chrétiens-sociaux du Premier ministre Jacques Santer, deux pour son allié socialiste et un pour les démocrates.

– Portugal : vingt-quatre sièges. La participation chute nettement par rapport à 1987 (51,2 p. 100 au lieu de 72,42 p. 100). Le Parti social-démocrate au pouvoir enregistre une légère baisse (9 sièges, — 1), tandis que l'opposition socialiste réussit, avec 28,5 p. 100 des voix (+ 6 p. 100), à emporter sept sièges (+ 1).

—  Universalis



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Pour citer l’article

«  15-18 juin 1989 - C.E.E. Élections européennes », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 avril 2020. URL : http://www.universalis.fr/evenement/15-18-juin-1989-elections-europeennes/