FIERLINGER ZDENĚK (1891-1976)

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Né à Olomouc (Moravie), Fierlinger étudie au collège commercial de cette ville et y reçoit une formation économique. Après un séjour en Russie (de 1910 à 1914), il se retrouve prisonnier dès le début de la Première Guerre mondiale et, avec l'appui de la mission militaire française et du gouvernement du tsar, organise une fraternité militaire pour regrouper ses compatriotes émigrés ou prisonniers. Officier, Fierlinger commande un bataillon de la légion tchèque lors de son baptême du feu à Zborov, puis sur le front de Galicie. En novembre 1917, le Conseil national tchécoslovaque l'envoie aux États-Unis recruter des hommes pour la légion Nazdar qui combat sur le front occidental. Colonel et chef de la mission militaire tchécoslovaque à Paris en 1918, il organise le retour des légionnaires ; de plus, il est chargé des questions du ravitaillement et, à ce titre, collabore avec l'Américain Hoover.

Adepte de Masaryk et de Keynes, Fierlinger entre en 1919 dans la carrière diplomatique et dirige la section économique du ministère des Affaires étrangères ; de 1921 à 1924, il est en poste à La Haye. Entre-temps, il a adhéré à la social-démocratie.

Jusqu'en 1937, Fierlinger représente la Tchécoslovaquie auprès des démocraties occidentales (Pays-Bas, Roumanie, États-Unis, Suisse, Autriche) et de la Société des Nations ; à partir de cette date, il occupe, à Moscou, avec le rang de ministre plénipotentiaire, une fonction diplomatique de haut rang. Jusqu'en 1935, date de la reconnaissance de l'U.R.S.S. par la Tchécoslovaquie, il se fait l'avocat d'une économie nationale indépendante, du plein-emploi et de la redistribution des revenus par la fiscalité ; il s'oppose toutefois au protectionnisme et à une politique d'autarcie. En politique, il critique sévèrement l'U.R.S.S., la situant en dehors de l'ensemble européen en raison de ce qu'il estime être une inaptitude à la démocratie, laquelle est synonyme à ses yeux de pluralisme parlementaire, de réformisme économique, d'action dominante de l'intelligentsia pour l'éducation des masses.

Adepte du réalisme politique de Beneš, il reconnaît progressivement l'importance de l'alliance à l'Est et de la collaboration avec les communistes. Ambassadeur en titre du gouvernement en exil à Moscou à partir de 1942, il sera un des artisans du traité soviéto-tchécoslovaque de décembre 1943. Il est dès lors acquis à la thèse de l'alliance « prioritaire » avec l'U.R.S.S. et, pour cette raison, éveille la méfiance de Beneš.

Fierlinger fait le lien entre Beneš et le Parti communiste tchécoslovaque ; il devient, en 1946, Premier ministre du gouvernement tchécoslovaque d'après guerre. Président du Parti social-démocrate, il prépare discrètement la fusion de ce parti avec le Parti communiste, en prônant l'unité syndicale à tout prix, en prenant des options prosoviétiques et slavophiles. Après les élections de mai 1946, les communistes, avec 38 p. 100 des voix, obtiennent la présidence du gouvernement. Dans le Parti social-démocrate, au sein duquel s'affirme une majorité favorable à une pleine autonomie nationale et au maintien de la pluralité des alliances extérieures, Fierlinger perd, en raison de ses positions, la présidence du parti au congrès de Brno en octobre 1947 ; il prend sa revanche lors du coup d'État de février 1948, et sa tendance est alors assez puissante pour à la fois empêcher la social-démocratie de rejoindre le bloc non communiste et pour mettre les communistes en minorité. Après le coup d'État, il purge son parti et organise peu après la fusion avec le Parti communiste, qui le fera accéder à son présidium (juin 1948).

À partir de 1948, il n'occupe plus que des fonctions sans responsabilité de premier plan ; il est successivement vice-Premier ministre, directeur des Affaires religieuses et président de l'Assemblée nationale. Symbole du ralliement plutôt que leader politique, il connaîtra, à partir de 1964, une semi-retraite en tant que président de l'Association d'amitié soviéto-tchécoslovaque dont le bureau publie en août 1968 une motion condamnant l'invasion des troupes soviétiques.

En 1969, il démissionne successivement de la présidence de l'Association et de son mandat de député. Après le XIVe Congrès en 1971, il cesse de faire partie du comité central et termine sa vie dans un oubli presque total. Outre son ouvrage La Russie soviétique sur une nouvelle voie, il a pu [...]

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Écrit par :

  • : docteur de troisième cycle, diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris, diplômé de l'École nationale des langues orientales, chargé de recherche au C.N.R.S., chargé de conférences à l'École pratique des hautes études

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  • Marie-Elizabeth DUCREUX, 
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  • Jacques RUPNIK
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Dans le chapitre « Occupation et libération (1939-1945) »  : […] L'administration du protectorat fut confiée au baron von Neurath, assisté par le secrétaire d'État K. Frank (un des dirigeants des Allemands des Sudètes) et des services correspondant aux différents ministères. Dans chaque province, l'autorité était exercée par un Oberlandrat. Les Allemands tinrent à conserver en poste le président Hácha, un ministère et des fonctionnaires tchèques. Ils patronnère […] Lire la suite

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Vladimir Claude FISERA, « FIERLINGER ZDENĚK - (1891-1976) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/zdenek-fierlinger/