CONSOLO VINCENZO (1933-2012)

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Né le 18 février 1933 à Sant'Agata di Militello, près de Messine, Vincenzo Consolo demeure en Sicile jusqu'à l'obtention de son baccalauréat. Comme Verga, Capuana, De Roberto et Vittorini, il quitte alors sa « terre, [qu'il] hésite à appeler patrie », pour Milan, « où se sont toujours réfugiés les poètes et les écrivains [...] fuyant le Sud ». Après ses études de droit à l'université, il retourne enseigner en Sicile et fréquente Lucio Piccolo et Leonardo Sciascia. Son premier roman, La Ferita dell'aprile (La Blessure d'avril, 1963), révèle d'emblée la vocation historique propre à son écriture exaspérée, qui raille âprement le grotesque du rite et dénonce avec malice le règne du soupçon mesquin. Dans le contexte des années de guerre froide et de la lutte anticommuniste menée par l'Église, il relate la vie d'un village de Sicile, dominé par l'édifice imposant d'un orphelinat de garçons.

À la suite d'un vaste mouvement d'émigration des Siciliens vers les régions industrielles du Nord sonnant le glas de la culture agricole, Consolo regagne Milan en 1968. Il y abandonne l'enseignement pour entrer dans une société de communication. Situé à Cefalù, à l'époque du Risorgimento, Il Sorriso dell'ignoto marinaio (Le Sourire du marin inconnu, 1976) dépeint les destins mêlés de deux hommes que tout oppose – un baron et un avocat révolutionnaire – aux prises avec la violence de l'histoire. Tranchant avec le scepticisme de De Roberto ou de Tomasi di Lampedusa, Consolo y adopte pleinement le point de vue des insulaires pour retracer leur ambition d'indépendance, puis leur désenchantement face aux conséquences politiques de l'unité italienne. Il ouvre en outre une réflexion originale sur le thème de la folie et de la « douleur de la connaissance », qui évoque La Connaissance de la douleur de Gadda.

Vincenzo Consolo

Photographie : Vincenzo Consolo

L'exil, la singularité, la mosaïque des influences: autant de traits qui caractérisent les livres de Vincenzo Consolo. En prenant à son tour «la Sicile comme métaphore», à la suite de Leonardo Sciascia, il a bâti une œuvre d'une grande richesse. 

Crédits : V. Barbieri/ Age Fotostock

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En 1985, Lunaria, « récit dialogué », inspiré par L'esequie della luna de Piccolo, remporte le prix Pirandello. Y est introduite l'image de la lune, « soleil noir » cher à l'auteur. Retablo (Le Retable, prix Grinzane Cavour 1987), récit historique situé au siècle des Lumières, expose un amour contrarié, vu et vécu par trois narrateurs distincts. Rappelant la forme du triptyque, il traduit la quête à rebours d'un sens symbolique. Le Pietre di Pantalica (Les Pierres de Pantalica, 1988), recueil tripartite de récits brefs, de portraits d'intellectuels contemporains et de chroniques, illustre encore l'obsédante recherche d'un passé sicilien qui ne se laisse jamais totalement recomposer. En novembre 1989, sa tragédie en vers Catarsi est montée au Teatro Stabile de Catania.

Le roman Nottetempo, casa per casa (D'une maison à l'autre, la nuit durant) remporte, en 1992, le prix Strega. Réflexion sur la condition de l'exilé et sur cet autre exil nécessaire que constitue l'écriture, le récit renoue avec la figure « désuète et populaire » du lycanthrope sous la pleine lune, image poétique de la mélancolie qui traverse toute l'œuvre de l'écrivain. La corruption malsaine qui habitait le moine du Sorriso trouve ici des échos décadents dans l'atavisme qui frappe une famille déchirée : la paranoïa de la sœur du protagoniste, Lucia, l'apparition fugitive d'une silhouette égrènant un rosaire, « enfermée dans un geste mécanique », et l'hystérie de la secte satanique d'Aleister Crowley y représentent autant de manifestations d'une folie douloureuse, qui évoque à nouveau l'œuvre gaddienne.

Les entretiens de Fuga dall'Etna (1993) permettent à l'auteur d'énoncer explicitement ses choix poétiques et existentiels, tandis que paraissent simultanément le recueil Nero Metallico (1994), et le roman L'Olivo e l'olivastro (Ruine immortelle, 1994). Épousant le regard indigné et désespéré d'un voyageur qui parcourt les décombres d'une Sicile crépusculaire, ce récit impose plus que jamais la recherche par l'écrivain d'une forme propre à cet « autre type de mémoire » qu'est la littérature.

Les longues pauses entrecoupant la carrière littéraire de Consolo sont consacrées à ses activités de critique et de journaliste, qui donnent notamment le jour à deux essais d'histoire sociologique. Parce qu'elle traduit, selon Sciascia, « la recherche d'un rachat à l'égard d'une culture », l'œuvre de Consolo repose sur une analyse douloureuse de l'histoire de la Sicile, de ses injustes violences et de son éternelle folie, comme on le voit encore avec Lo Spasimo di Palermo (Le Palmier de Palerme, 1998). Cependant, elle renvoie aussi l'image d'une [...]

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Écrit par :

  • : D.E.A. de littérature italienne contemporaine à l'université de Paris-III- Sorbonne nouvelle

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Carina MEYER-BOSCHI, « CONSOLO VINCENZO - (1933-2012) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/vincenzo-consolo/