ORBÁN VIKTOR (1963- )

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Premier ministre de Hongrie de 1998 à 2002 et de nouveau depuis 2010, Viktor Orbán apparaît, depuis son entrée en politique, moins comme un idéologue que comme un politicien habile et pragmatique, doué d’un grand charisme personnel, porteur d’une vision nationaliste et conservatrice.

Viktor Orbán

Photographie : Viktor Orbán

Dès son retour au poste de Premier ministre en 2010, le Hongrois Viktor Orbán a engagé un bras de fer avec l'Union européenne (ici lors d'une cérémonie pour la fête nationale, le 15 mars 2012, à Budapest). 

Crédits : Akos Stiller/ Bloomberg/ Getty Images

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Né en 1963 dans une famille d’agriculteurs, Viktor Mihály Orbán fait des études de droit et de sociologie, d’abord à l’université de Budapest, où il soutient en 1987 une thèse sur l’expérience de Solidarność en Pologne ; puis à Oxford où, grâce à une bourse de la fondation Soros, il étudie la pensée libérale anglo-saxonne auprès du philosophe politique d’origine polonaise Zbigniew Pełczyński. Ce parcours d’excellence est caractéristique des jeunes élites qui ont grandi sur la décomposition du régime communiste de János Kádár dans les années 1980.

Très vite happé par l’action politique, il est en 1988, à l’âge de vingt-quatre ans, un des fondateurs de l’Alliance des jeunes démocrates (FiDeSz), organisation de jeunesse de l’Alliance des démocrates libres (SzDSz), mouvement qui regroupe à cette époque la plupart des dissidents libéraux. En avril 1990, il est élu sous cette bannière aux premières élections législatives libres. Excellent orateur, Viktor Orbán se distingue d’emblée par la radicalité de ses attaques anticommunistes. En juin 1989, il a prononcé un discours remarqué aux obsèques nationales d’Imre Nagy – le héros de la révolution de 1956, pendu en 1958 – appelant à l’abolition du monopole politique d’un seul parti et au retrait des troupes soviétiques du pays : « C’est le seul moyen d’éviter de nouvelles tombes, de nouvelles funérailles », a-t-il lancé, sur la place des Héros devant deux cent cinquante mille personnes, dans un tonnerre d’applaudissements. Un ton qui impose définitivement sa voix sur la scène politique hongroise, sans l’empêcher de participer aux négociations de la « Table ronde » avec les communistes, qui initient le changement de régime.

Il choisit alors une position intermédiaire. Il se distingue de ses aînés du SzDSz qui se rapprochent du Parti socialiste hongrois (MSzP) issu de l’ancien Parti communiste, et conserve une distance avec le Forum démocratique hongrois « national-populiste » du nouveau chef du gouvernement József Antall. Situant son identité politique entre ces deux orientations post-communistes, Viktor Orbán prend, en 1993, la présidence de son mouvement qu’il rebaptise FiDeSz-MPP (Union civique hongroise). Il se sépare de son aile gauche et bâtit un véritable parti sur un programme de centre droit, national et conservateur, moderne et libéral pour les réformes économiques. Il est dorénavant le chef de file de l’opposition. Sa rupture avec le SzDSz est consommée lorsque ce parti forme avec les sociaux-démocrates un gouvernement de centre gauche, en 1994 (après la mort de József Antall).

Aux législatives de 1998, la victoire de la coalition qu’il réussit à constituer avec les partis issus du bloc national populiste d’Antall fait de Viktor Orbán, alors âgé de trente-cinq ans, un des plus jeunes Premiers ministres d’Europe. Elle marque surtout le début d’une longue ascension. En dépit d’un retour dans l’opposition en 2002, il est depuis lors l’homme fort de la Hongrie. Premier ministre, député européen (son parti gagne les élections européennes de 2004 et 2009), puis de nouveau Premier ministre à partir de 2010, il forge un appareil politique à sa main, écartant ses opposants internes, soumettant ses alliés, tout en tissant des réseaux d’allégeance économiques sinon népotiques. Il prend le contrôle de l’État et de toutes les institutions dans la lignée de ses deux grands prédécesseurs au xxe siècle : Miklós Horthy, régent de 1920 à 1944, et János Kádár premier secrétaire du Parti de 1956 à 1988. Et peu à peu, il établit un corps de doctrine nationale conservatrice qu’il énonce dans des discours fondateurs.

Depuis sa réélection avec une majorité des deux tiers des députés en 2010, confortée par les victoires de 2014 et 2018, l’homme fort de la Hongrie conduit une « révolution nationale » rendue indispensable, selon lui, par la faillite des démocraties occidentales, révélée lors de la crise de 2008. En Hongrie, le système libéral installé après 1989 aurait été incapable de défendre les intérêts nationaux face aux étrangers, de protéger les [...]

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Écrit par :

  • : historien, chargé d'enseignement à l'Institut d'études européennes, université de Paris-VIII

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Pour citer l’article

Jean-Yves POTEL, « ORBÁN VIKTOR (1963- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/viktor-orban/