VERHOEVEN PAUL (1938- )

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Il aura fallu beaucoup de temps pour que Paul Verhoeven soit reconnu comme un cinéaste de premier plan. Il est vrai que l’on connaît peu et mal, en France du moins, ses films néerlandais (1971-1985), à l’exception de Turkish délices (Turks Fruit/Turkish Delight, 1973) qui choqua par sa crudité, et qu’il commença une carrière à Hollywood avec des films réputés, à tort, purement « commerciaux » et de simple entertainment (RoboCop, 1987 ; Total Recall, 1990), avant de réaliser en toute liberté Basic Instinct (1992), lancé comme le « film le plus audacieux de l’année », et qui fit de Sharon Stone une star. Cinéaste réputé opportuniste, ne reculant pas devant les sujets provocants et recourant volontiers à une écriture nourrie de chocs visuels, Verhoeven, de retour au pays natal en 2006, a surpris de nouveau avec le très « politiquement incorrect » mais très maîtrisé Black Book (Zwartboek). Sentiment confirmé, dix ans après, par Elle (2016), avec Isabelle Huppert.

Elle, P. Verhoeven

Photographie : Elle, P. Verhoeven

Froideur, impassibilité dissimulant une violence constante : Paul Verhoeven renoue dans ce portrait de femme avec les héroïnes chères à Hitchcock et Chabrol. Ici, Isabelle Huppert dans Elle

Crédits : SBS Productions, Twenty Twenty Vision Filproduktion, France 2 cinema, Entre Chien et Loup/ BBQ_DFY/ Aurimages

Afficher

Né le 18 juillet 1938 à Amsterdam, Paul Verhoeven découvre le cinéma américain à partir de 1945. Mais c’est en France, en 1955, qu’un enseignant lui fait découvrir les « classiques » (Dreyer, Bergman, Buñuel...) et favorise sa vocation. Il garde une grande admiration pour David Lean et surtout une passion pour Hitchcock, à qui il semble parfois s’identifier. Après quelques courts-métrages, une série TV dans l’esprit de Thierry la Fronde, Floris (1970), assied sa notoriété. Son œuvre néerlandaise (1971-1985) se partage essentiellement entre films relevant du réalisme social et films historiques. Outre Business is Business (Wat Zien Ik?, 1971), Spetters (1980) est représentatif du réalisme de Paul Verhoeven, fondé sur la justesse et la précision de l’observation. En marge de la société de consommation, trois jeunes de la banlieue de Rotterdam sont fascinés par le mythe du moto-cross professionnel, tandis qu’une jeune marchande de frites recherche en vain celui qui lui permettra de changer de condition. Le film ne dénonce pas leur exploitation pas plus que la rigueur de la morale hypocrite propre à la bourgeoisie calviniste. Le plus souvent caméra à l’épaule, Verhoeven filme des personnages qu’il ne juge pas dans les décors de la banlieue de Rotterdam. Il montre des corps qui vivent, luttent, s’illusionnent, sans éluder misère, violence, sexe et nudité. Lors de sa sortie, le film fit scandale aux Pays-Bas.

Réaliste également est son approche de l’histoire dans Katie Tippel (Keetje Tippel, 1975) – Amsterdam au xixe siècle – et Le Choix du destin (Soldaat van Oranje, 1977) – la résistance aux Pays-Bas au cours de la Seconde Guerre mondiale. Scénario, personnages et décors sont soigneusement documentés, mais ce matériau de départ subit ensuite les accommodations nécessaires pour laisser paraître le point de vue du cinéaste, en particulier dans La Chair et le Sang (Flesh and Blood, 1985). Le monde décrit dans ce film est celui d'un Moyen Âge crépusculaire où s’effondrent les valeurs qui sous-tendaient jusque-là la vie, la pensée, la morale... Hier, aujourd’hui, demain, le chaos est identique et engendre un principe unique : survivre.

Avec La Chair et le Sang, film néerlandais à capitaux américains qui n’a rien à envier, avec trente ans d’avance, à la série Game of Thrones, Verhoeven lorgne ouvertement vers Hollywood. Il y débute avec RoboCop, film de commande à la tonalité sécuritaire et reaganienne, dans la lignée de Terminator (1984) de James Cameron, et dans lequel il s’interroge sur ce qui reste de l’homme dans un monde cybernétisé et robotisé. Adaptation d’un roman de Philip K. Dick, Total Recall (1990) est une œuvre majeure de la science-fiction, qui interroge la dilution de l’identité humaine dans un monde de faux-semblants où le héros, magnifiquement interprété par Arnold Schwarzenegger, finit par douter de sa propre personnalité, tout comme le spectateur de ce qu’il voit et du récit dans lequel il est pris. Plus linéaire que ce blockbuster vertigineux, Starship Troopers (1997), entre teen movie, film de guerre, SF et fable politique, décrit avec ironie l’atrocité d’une idéologie sécuritaire et génocidaire. L’ambiguïté, dans le cinéma de Verhoeven, n’est pas une figure de style, mais un constat. Le metteur en scène ne surplombe ni ne juge ses personnages. Il observe que, dans ce chaos, chacun se fraie seul son propre chemin, le plus souvent au détriment des autres (Basic Instin [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages

Écrit par :

  • : critique et historien de cinéma, chargé de cours à l'université de Paris-VIII, directeur de collection aux Cahiers du cinéma

Classification

Autres références

«  VERHOEVEN PAUL (1938- )  » est également traité dans :

ELLE (P. Verhoeven)

  • Écrit par 
  • Joël MAGNY
  •  • 1 003 mots
  •  • 1 média

Palme d’or annoncée et souhaitée par de nombreux journalistes, Elle a été ignoré par le jury du festival de Cannes 2016. Avec ce seizième film, Paul Verhoeven poursuit pourtant une œuvre d’une rare cohérence. Elle décrit notre monde à l’image du Moyen Âge crépusculaire de La Chair et le Sang […] Lire la suite

Pour citer l’article

Joël MAGNY, « VERHOEVEN PAUL (1938- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/verhoeven-paul-1938/