PATEL VALLABHAI (1875-1950)

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L'Inde moderne doit à Nehru son image et son rayonnement. Mais l'homme qui l'a édifiée pièce à pièce avec la patiente et indomptable obstination de ces hommes d'État dont l'histoire est avare fut Patel. « Si Patel avait vécu... », la question se pose au détour de toutes les réflexions sur l'évolution de l'Inde contemporaine ; l'équipe dirigeante que l'Inde s'est choisie en 1977 et qui comporte nombre de ses lieutenants témoigne de cette nostalgie. Exemple de réalisme et de détermination pour les uns, il apparaissait en revanche comme un conservateur invétéré et dictateur en puissance pour la gauche. La bonté profonde de cet homme bourru explique l'hommage que rendent aujourd'hui à Vallabhai Patel, au sardar (commandant), ces princes de l'« Inde indienne » (par opposition à celle qui était placée sous l'administration directe de la puissance coloniale) qu'il a, avec leur consentement, dépouillés de leurs pouvoirs. Selon l'un d'entre eux, le mahārājah de Dhrangadhra, « L'histoire conservera du sardar Vallabhai Patel le souvenir du grand unificateur d'un sous-continent, divisé en une multitude d'entités territoriales et politiques... » (in This Was Sardar, Ahmedabad, vol. I, 1974). En effet, l'unification de l'Inde au lendemain de l'indépendance fut son œuvre maîtresse.

Leaders du Parti du Congrès indien, 1938

Photographie : Leaders du Parti du Congrès indien, 1938

Des figures du Congrès indien (ici, en 1938, lors du 51e congrès du parti) : de gauche à droite, Gandhi (1869-1948), Subhas Chandra Bose (1897-1945) et Vallabhai Patel (1875-1950). 

Crédits : Hulton Getty

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La force inébranlable, qui fit de lui l'« homme d'airain » de l'Inde, explique l'hostilité que lui a vouée la gauche indienne ; celle-ci ne lui pardonna ni son opposition aux inclinations progressistes de Nehru, ni la dure répression des mouvements insurrectionnels communistes en 1949-1950, ni une apparente préférence pour la communauté hindoue majoritaire, et alla jusqu'à évoquer la responsabilité directe du ministre de l'Intérieur qu'il était lors de l'assassinat de Gandhi en 1948.

Seule une carrière politique témoignant d'un grand dessein poursuivi avec conviction pouvait susciter d'aussi âpres controverses.

Né à Nadiad, près de Surat, au Gujarat, Vallabhai Patel est le second fils d'une famille de paysans moyens propriétaires appartenant à la caste élevée des Patidars. Après avoir passé son baccalauréat et s'être marié, à l'âge de dix-huit ans, il commence à travailler chez un juriste. En 1900, établi à son compte, il est admis à plaider dans des affaires locales. En 1910, suivant les traces de son frère aîné, il part poursuivre ses études de droit en Angleterre et en revient avocat en 1913. Il entame alors une brillante carrière à Ahmedabad lorsque sa rencontre avec Gandhi, en 1917, change le cours de son existence. Le brillant avocat occidentalisé sera un dirigeant politique et un disciple fidèle de Gandhi dont il adoptera le style. En 1917, il devient secrétaire du Gujarat Sabha, organisation congressiste dans la région, dont Gandhi est le président. Il est également élu conseiller municipal d'Ahmedabad, avant de devenir le président du Conseil municipal, de 1924 à 1928. Entre-temps, il apporte une contribution essentielle à la désobéissance civile de 1920.

En 1927-1928, la direction qu'il imprime à la révolte des paysans nationalistes de Bardoli au Gujarat fait de lui un leader national. Sa participation au mouvement de désobéissance civile de 1930 lui vaut d'être emprisonné plusieurs mois à deux reprises. En 1931, il devient président du Congrès. De juillet 1932 à mai 1933, il est à nouveau incarcéré, cette fois avec Gandhi, à Poona. Après sa sortie de prison, il devient le principal organisateur du parti du Congrès et l'artisan de la victoire de celui-ci aux élections provinciales de 1937. Il se retrouve de nouveau en prison, en 1940-1941, puis il participe au mouvement Quit India entre 1942 et 1945.

En 1946, Patel fait partie du gouvernement intérimaire dirigé par Jawaharlal Nehru ; l'expérience qu'il fait de la collaboration avec la Ligue musulmane le convainc de l'inéluctabilité de la partition, qu'il fait admettre à Nehru et à Gandhi. Désigné comme responsable des relations avec les États princiers, il obtient en un mois l'adhésion à l'Union indienne de quelque 560 mahārājahs juridiquement rendus souverains par la future disparition de la puissance coloniale. Devenu vice-Premier ministre aussi bien que ministre de l'Intérieur, ministre de l'Information — jusqu'en 1948 — et ministre des États après l'indépendance, le 15 août 1947, il donne toute la mesure de son génie en obtenant graduellement une totale intégration des États princiers — près de la moitié du territoire de l'Inde actuelle — dans une république ayant une constitution unique et démocratique. Usant de persuasion autant que de détermination, il obtient que les princes consentent à abandonner tous leurs pouvoirs. Un très petit nombre d'entre eux seulement conserveront des fonctions surtout honorifiques. Trois États, cependant, ont posé problème : le Junagadh qui, enclavé au moins en partie en territoire indien, veut adhérer au Pakistan, le Haïderabad, vaste État du centre de la péninsule, et le Cachemire, situé entre l'Inde et le Pakistan, dont les princes convoitent l'indépendance pure et simple. Au Junagadh et au Haïderabad, des troubles justifieront une intervention des forces armées indiennes en 1947 et 1948 respectivement, et ces États seront rattachés à l'Inde. Au Cachemire, considéré comme faisant partie du « domaine réservé » de Nehru, l'intervention des forces armées indiennes sera la conséquence d'une invasion de cet État par des éléments pakistanais ; l'adhésion tardive du Cachemire à l'Inde, obtenue en octobre 1947 sous la pression de la nécessité, sera contestée par le Pakistan, donnant lieu à un conflit chronique avec ce dernier et à une nouvelle guerre en 1965.

Patel aurait-il pu empêcher le conflit sino-indien comme il aurait pu, aux dires de ses amis, empêcher l'aggravation du problème du Cachemire ? Dès 1950, il avait jugé lucidement la politique chinoise et les limites de la politique indienne de fraternisation. Mais la politique étrangère était du ressort de Nehru et au cours des dernières années de la vie du sardar de fréquentes tensions opposèrent celui-ci au Premier ministre. Sa mort fit de Nehru le seul arbitre du destin de l'Inde ; mais, sans l'œuvre de Patel, celle de Nehru n'aurait jamais eu un théâtre à sa mesure.

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Écrit par :

  • : docteur d'État en science politique, chargée de recherche au C.N.R.S. (Centre d'études et de recherches internationales de la Fondation nationale des sciences politiques)

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Pour citer l’article

Christiane HURTIG, « PATEL VALLABHAI - (1875-1950) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/vallabhai-patel/