ADAMI VALERIO (1935- )

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Peintre italien, né en 1935 à Bologne, installé à Paris en 1970, Adami a entretenu dès ses débuts des rapports étroits avec les écrivains et les artistes de l'avant-garde internationale parisienne. Élève de l'académie Brera de Milan, il expose dès 1957 ses premiers tableaux, influencés par Matta. Bien que très vite effacée par la mise en place de formes nettes, inspirées par des photographies qu'il prend lui-même ou qu'il collectionne et par des aplats de couleur pure, cette influence surréaliste originelle demeurera sous-jacente dans son œuvre, tout entière vouée à la représentation nouvelle des conflits et des structures de la pensée moderne.

Jean-François Lyotard, qui lui a consacré plusieurs études, résume ainsi l'évolution d'Adami : années 1960, dénombrement des objets « que la consommation taille dans l'âme et le corps » ; années 1970, portraits des penseurs, des écrivains, des politiques de la « renaissance moderniste » ; années 1980, « Mémoires de l'amour, offrandes à l'impossible union, ex-voto aux métamorphoses du désir, monuments à la séparation et à la mort ». Depuis la fin des années 1980, Adami a réalisé de grandes décorations murales, notamment à Paris pour le foyer-bar du théâtre du Châtelet en 1989 et pour la salle des Pas perdus de la gare d'Austerlitz en 1992 ; en 1993-1994, il a réalisé quatre peintures monumentales pour le Park Tower Hotel à Tōkyō, œuvre de l'architecte japonais Kenzo Tange. Ses aplats colorés ont trouvé également des applications à grande échelle dans des vitraux (pour le hall du nouvel hôtel de ville de Vitry-sur-Seine, Adami a donné des cartons pour huit verrières réalisées par le maître verrier Jacques Loire en 1984-1985) et dans des peintures murales comme pour l’hôtel Hyatt Park à Tōkyō (1992). Adami a osé défier la crise de la représentation picturale par une volonté constante de sauver le sujet, la scène et les thèmes à l'intérieur d'un langage formel qui tient compte des recherches accomplies par les peintres italiens depuis De Chirico et Magnelli. Son trait, cassant, anguleux et décidé, ses couleurs tour à tour acides et somptueuses, l'acuité et le caractère souvent « convulsif » de ses dessins préparatoires, où la photo qui lui sert de modèle est littéralement hachée menue par le travail du crayon et de la gomme, la science des vides, des pleins et leur agencement en puzzle brisé sur la toile lui ont permis de reconstruire à sa manière singulière l'art du discours pictural. Mais c'est sa ligne, pure et le plus souvent souveraine, qui a fait dire qu'Adami était un peintre classique, sans qu'il tombe jamais pour autant dans la redondance néo-classique des postmodernes.

De la critique des années 1960, où il procède au saccage méthodique de la vitrine occidentale du confort et du bien-être artificiel (salles de bains, halls d'hôtel, objets de consommation, etc.), il est passé sans heurts et d'une façon presque intimiste au portrait de personnalités du xxe siècle (Lénine, Freud, Walter Benjamin, James Joyce...). Et s'il a changé sa manière — en y introduisant un certain modelé et une certaine douceur — depuis qu'il a recours à la mythologie classique dans le choix de sujets plus nostalgiques ou plus élégiaques, c'est qu'il semble avoir cherché à redécouvrir et à faire resurgir la naïveté, la poésie du fond archaïque de la pensée occidentale. Derrière sa froideur apparente, on pourrait dire l'élégance un peu dandy de la forme, Adami cache inquiétude, nervosité, impatience, et cela se déchiffre encore mieux dans ses dessins, qui procèdent aussi à une sorte d'introspection permanente de son travail, comme une sorte de journal intime.

Éros, sa violence tranchante ou son impertinence, règlent la plupart des bouleversements formels auxquels on assiste finalement dans ses tableaux. Grand amateur de voyages, Adami s'en est également inspiré, en Afrique, en Inde comme aux États-Unis et au Mexique, pour tenter d'universaliser sans exotisme la scène de son discours ; mais, par sa culture, à travers la conscience lucide qu'il a de son temps comme par ses obsessions, Adami demeure, avec Aillaud, Arroyo, Baruchello, Erró, Fromanger, Klasen, Monory et Veličković, l'un des peintres européens les plus représentatifs et les plus novateurs de la « révolution du regard » accomplie en Occident depuis le début des années 1960.

Son travail riche de nombreuses références culturelles suscite les commentaires de philosophes (Jacques Derrida, Jean-François Lyotard, Gilles Deleuze), d’historiens de l’art (Hubert Damisch, Marc Le Bot) et d’écrivains (Italo Calvino, Octavio Paz, Antonio Tabucchi), tandis que lui-même publie plusieurs ouvrages : Les Règles du montage (1988), Couleurs et mots (2000), Dessiner (2002).

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FIGURATION NARRATIVE, Paris 1960-1972 (exposition)

  • Écrit par 
  • Anne TRONCHE
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Depuis l'exposition de 1965 présentée à la galerie Creuze, à Paris, qui accompagna la naissance de la figuration narrative, aucune rétrospective au niveau national n'avait permis de prendre la mesure de ce courant qui, en affirmant une nouvelle « imagerie », inventa un langage pictural. Longtemps considérée comme une réponse française au formalisme du pop art, la figuration narrative souffrit qu […] Lire la suite

Pour citer l’article

Alain JOUFFROY, « ADAMI VALERIO (1935- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/valerio-adami/