TITANIC (J. Cameron)

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Devenu objet d'étude sous la plume non plus des critiques spécialisés mais des éditorialistes et des maîtres penseurs, Titanic, de James Cameron (1997), a été un des phénomènes de société de l'année 1998 dont le traitement sociologique et idéologique a bien sûr été précédé par des constats purement comptables. Car Titanic est le film type pour Guiness Book of Records. Dans un système hollywoodien en proie à une périlleuse inflation des coûts, il représente le plus gros investissement jamais consenti. C'est un blockbuster, ainsi que l'on appelle les films « porteurs » qui fracassent le box-office par leur succès immédiat. Avant Titanic ces films sortaient simultanément dans 2 500 à 2 600 salles américaines. Titanic a bénéficié de 3 300 salles. Les recettes brutes domestiques ont atteint 600 millions de dollars en huit mois d'exploitation – 400 millions auraient suffi selon les dirigeants de la Fox. Enfin, Titanic a remporté 11 oscars, autant que Ben Hur (1959), son prédécesseur dans l'histoire des records.

Aucun pays n'a démenti ce succès. En France, pays où l'accueil critique et le succès public se sont immédiatement confondus, les exploitants de Titanic ont enregistré 20 millions d'entrées en six mois, en suivant la même stratégie de saturation du marché et de remontée rapide des recettes qu'aux États-Unis : plus de 700 copies en sortie nationale pour un total de 2 000 exploitations. C'est ainsi qu'a été battu notre vieux record national, celui de La Grande Vadrouille. Sorti en 1966 dans des conditions d'exploitation très différente, ce film avait capté 17 millions d'entrées. Vers la fin de 1998, Titanic était parti pour rafler 12,5 p. 100 du total des tickets de l'année, dépassant les Visiteurs qui, avec plus de 13 millions d'entrées, concentraient 10,5 p. 100 du total de 1993. D'après un sondage I.F.O.P.-VSD de mars 1998, un spectateur de Titanic sur deux souhaitait revoir le film.

Cette tendance à la consommation répétée, observée dans des pays aussi différents que la Thaïlande et la Grande-Bretagne, fait de Titanic un film culte : c'est là le premier aspect de la « Titanicmania ». Les produits dérivés habilement exploités par les producteurs du film, les informations stockées sur plusieurs sites Internet, le CD (rassemblant « tous les airs entendus pendant le voyage fatal »), et jusqu'à la maquette à construire soi-même (brevetée par une petite entreprise française), aux rééditions du livre de Walter Lord paru en 1957 (A Night to Remember), et à la diffusion sur les chaînes de télévision des documentaires et des séries se rapportant au paquebot et à son histoire : la gamme des produits de consommation liés au film et à l'événement lui-même est impressionnante.

La vedette du film, Leonardo Di Caprio, a vu ses films antérieurs être soudain exportés et connaître le succès dans de nombreux pays. Cela à l'exception de la France, la nuance est à signaler dans un pays où le film La Femme de chambre du Titanic, tiré du roman de Didier Decoin, venait de subir un échec. Le succès connu en France par le film de Cameron mérite d'autant plus d'être souligné que le drame du Titanic n'y a jamais été aussi sollicité que dans les pays anglo-saxons, où abondaient livres et articles. Alors qu'en France on s'était contenté en 1912 de la satisfaction d'avoir choisi dès l'origine une ligne transatlantique plus méridionale et plus sûre, pour les Britanniques et les Américains, le naufrage a symbolisé le déclin de la vieille Europe.

En 1998 l'événement est devenu signe : celui de la fin d'une civilisation. La découverte de l'épave en 1985 (suivie d'une grande exposition organisée au Musée maritime de Londres) a relancé le mythe, en même temps qu'elle inspirait le scénario de James Cameron sous la forme première d'un « Roméo et Juliette sur un navire qui sombre ». Le metteur en scène, qui a largement contribué à l'argumentation promotionnelle et orienté les commentaires journalistiques, a également insisté sur la métaphore du sauvetage privilégiant les classes supérieures dans un monde « qui est et restera un monde d'injustice ». C'est lui, encore, qui a parlé le premier de « lutte des classes » : comme dans les analyses les plus schématiques sur les sociétés capitalistes, Titanic oppose les passagers de première et de troisième classe, sans jamais montrer ceux de la deuxième classe dont plus de la moitié sont morts au cours du naufrage.

La dimension à la f [...]

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Daniel SAUVAGET, « TITANIC (J. Cameron) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/titanic-j-cameron/