TIGNOUS BERNARD VERLHAC dit (1957-2015)

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Caricaturiste et dessinateur de presse, Bernard Verlhac est né le 21 août 1957 à Paris, non loin de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne). C’est là que ce fils unique grandit au sein d’une famille modeste originaire du Sud-Ouest. Il adoptera par la suite le pseudonyme de Tignous – « petite teigne » en occitan – en empruntant le surnom que lui donnait sa grand-mère. Son goût précoce du dessin le conduit à l’école de la rue Madame, qui prépare aux filières artistiques. À la fin des années 1970, il intègre l’école Boulle, dont il sort diplômé en architecture d’intérieur.

Ses premiers dessins paraissent dans Antirouille dès 1977. Au début des années 1980, encore sous son patronyme, il s’intéresse aux jeux de rôle en illustrant Mega de Didier Guiserix (hors-série no 27 de Jeux et Stratégie, 1984), et collabore à Casus Belli (1985). Il réalise les images de Rêve de dragon sur un scénario de Denis Gerfaud aux Nouvelles Éditions fantastiques (1985). Il déploie alors un Moyen Âge féérique en phase avec les univers oniriques des jeux. Un style aux antipodes du dessin satirique, voie dans laquelle il s’engage à partir de 1982 à Fluide Glacial, puis à L’Événement du jeudi (1987-1998). Tignous participe à de nombreux titres dont L’Impatient (1981-1991), Psikopat, La Rue (1993-1997), etc. Il dessine pour L’Idiot international (1990-1991) quand Gébé dirige l’équipe des dessinateurs. Avec Cabu, Willem, Wolinski, Siné, figures tutélaires du premier Charlie Hebdo (1970-1982), et avec de nouveaux talents, il collabore à La Grosse Bertha (1991-1992), puis à la recréation de Charlie Hebdo en juillet 1992. Tignous demeure une figure phare de Marianne comme de Charlie Hebdo jusqu’à sa mort, tout en se montrant très actif dans de nombreux autres titres : VSD, Télérama, le Magazine littéraire, L’Humanité dès 1990. Des publications rassemblent ses dessins de presse : On s’énerve pour un rien (1991), Pourquoi faire simple (1993), Tas de riches (1999) et son complément, Tas de pauvres (2000). Son inspiration satirique dénonce une organisation sociale et politique inégalitaire et cynique. Ses dessins n’incitent ni à la haine ni à la compassion ; ils expriment plutôt l’indignation devant les idéaux bafoués de notre humanité. La jovialité de l’homme et sa critique des dérives du pouvoir politique se retrouvent notamment dans Le Fric c'est capital (2010, réédité en 2015) ou Cinq Ans sous Sarkozy (2011).

Tignous

Photographie : Tignous

Dans son approche de l'actualité, Tignous renoua avec la grande tradition du dessin de presse. 

Crédits : infosart/ Demotix/ Corbis

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En 2007, alors qu’il couvre avec le journaliste Dominique Paganelli le procès d’Yvan Colonna, qui sera condamné à la prison à perpétuité pour l’assassinat en Corse du préfet Érignac, Tignous se découvre un talent d’exception pour le croquis d’audience. Aux comptes rendus hebdomadaires dans Charlie Hebdo fait suite en 2008 l’album Le Procès Colonna, couronné l’année suivante par le prix France Info de la BD d’actualité et de reportage. Tignous participera par la suite avec Dominique Paganelli à des interventions dans les prisons.

D’abord publié dans L’Écho des savanes, un album, Pandas dans la brume (2010) met en scène un groupe très anthropomorphe de cette espèce animale en voie de disparition. Dédié à Solal, son fils né peu auparavant, l’album est emblématique d’une interrogation sur l’avenir du vivant.

De 1998 à 2012, Tignous participe à divers ouvrages où l’humour va de pair avec l’esprit militant des auteurs : Un apartheid à la française. Dix réponses à la préférence nationale publié par S.O.S. Racisme (1998) ; Banlieues : tant que ça tient, de Thomas Robache (1998). Pour Corvée de bois de Didier Daeninckx (2002), il montre, en de terribles images, la déshumanisation des jeunes appelés lors de la guerre d’Algérie ; humour et caricature sont absents cette fois de cette très noire évocation de notre histoire coloniale. Plus légèrement, si Le Sport dans le sang (2006) ironise sur le culte des compétitions, c’est avec gourmandise que l’épicurien apparaît dans le Dictionnaire impertinent de la gastronomie de Périco Légasse (2012), ou encore le père de famille lorsque, en collaboration avec Nathalie Sennegon-Nataf et Marie-Noëlle Tardy, il dédramatise le divorce dans L’amour s’envole, les enfants restent ! Guide de premiers secours pour une séparation (2012).

Avec d’autres dessinateurs, en particulier de Charlie Hebdo, Tignous collabore également à de nombreux albums : Impressions japonaises, 9 Dessinateurs au Japon (1993), Drôle de Noël avec Blutch, Ferri, Lefred-Thouron, (2003) ; Mozart qu’on assassine (2006) et Bébés congelés : chiens écrasés, avec Catherine, Riss, Jul, Luz, Charb (2007) ; C’est la faute à la société avec Cabu, Catherine, Charb, Honoré (2008), etc. Il est le seul dessinateur auquel a été décerné deux fois le prix de l’humour vache en 1992 et 1998 par le Centre international de la caricature, du dessin de presse et d'humour de Saint-Just-le-Martel.

Tignous est au nombre des victimes de l’attentat qui eut lieu le 7 janvier 2015 dans les locaux de Charlie Hebdo, et qui fut ultérieurement revendiqué par Al-Qaida dans la péninsule arabique. Au cours de la cérémonie d’hommage qui se tint à l’hôtel de ville de Montreuil, Christiane Taubira, ministre de la Justice, salua le rôle émancipateur de la caricature en présence de nombreux artistes et amis.

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Pour citer l’article

Nelly FEUERHAHN, « TIGNOUS BERNARD VERLHAC dit (1957-2015) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 28 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/tignous/