VARGA TIBOR (1921-2003)

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Il était l'un de ces musiciens complets que la Hongrie a formés entre les deux guerres et qui ont dû s'expatrier pour des raisons politiques. Violoniste, chef d'orchestre et pédagogue, Tibor Varga a joué un rôle déterminant pour faire connaître le musique de son compatriote Béla Bartók.

Tibor Varga, né à Györ le 4 juillet 1921, commence à étudier la musique avec ses parents. Dès l'âge de neuf ans, il rencontre Carl Flesch, avec lequel il travaille à Berlin ; c'est le début d'une carrière précoce avec un premier concert à dix ans, au cours duquel il joue le Second Concerto de Mendelssohn. Jenö Hubay le fait entrer à l'Académie Franz-Liszt de Budapest, où, de 1931 à 1938, il étudie le violon avec Ferenc Gabriel, la musique de chambre avec Leó Weiner et la composition avec Zoltán Kodály ; c'est là qu'il fait la connaissance de Bartók. Il enregistre son premier disque en 1934 et, l'année suivante, commence à faire des tournées en Europe. Il poursuit néanmoins des études de philosophie à l'université de Budapest (1939-1943) et travaille la direction d'orchestre avec Franco Ferrara. Après la Seconde Guerre mondiale, il est nommé professeur à l'Académie de musique de Györ, mais il préfère quitter la Hongrie en 1947 pour se fixer en Grande-Bretagne, où il enseigne à la Royal Academy of Music de Londres. Il obtient la nationalité britannique cette même année 1947.

Nommé en 1949 professeur à la Norwestdeutsche Musikakademie de Detmold, en Allemagne, Tibor Varga y dirigera le département des études de violon jusqu'en 1986. C'est au sein de cette académie qu'il fonde en 1954 l'Orchestre de chambre Tibor Varga, qui fonctionnera jusqu'en 1988. En 1956, il se fixe en Suisse, à Sion, dans le Valais, où il crée en 1963 une académie d'été réputée qui prend vite une ampleur considérable en accueillant plus de quatre cents étudiants chaque année. Dès 1964, cette académie se double d'un festival auquel vient s'ajouter, en 1967, le Concours international de violon Tibor Varga, un des plus importants du genre (parmi ses lauréats figurent le Français Jean-Jacques Kantorow, deuxième prix en 1968, et le Russe Vadim Repin, premier prix en 1988). En 1988, Tibor Varga parachève l'édifice avec l'ouverture de l'École supérieure de musique de Sion. Entre 1989 et 1993, il est directeur de l'Orchestre des Pays de Savoie (Chambéry-Annecy). Peu à peu, il transmet ses responsabilités à son fils, le chef d'orchestre Gilbert Varga (qui devient directeur du festival en 1997) ; mais, incapable de freiner son dynamisme, il accepte encore un poste de professeur de violon à l'Académie de Graz. Il meurt à Grimisaut, dans le Valais suisse, le 4 septembre 2003.

Héritier, au même titre que Joseph Szigeti ou Sándor Végh, de la fameuse école de violon de Jenö Hubay – avec lequel il n'a cependant pas vraiment travaillé –, Tibor Varga était un grand virtuose. Mais il n'a jamais mis ses ressources techniques au service d'un répertoire brillant. Il s'est attaché à faire connaître la musique de Bartók et son enregistrement du Second Concerto pour violon avec Ferenc Fricsay à la tête de l'Orchestre philharmonique de Berlin (1951) reste une référence. Fervent défenseur de la musique de son temps, Tibor Varga donne en 1946 la première audition viennoise du Concerto pour violon « À la mémoire d'un ange » d'Alban Berg, sous la direction de Hermann Scherchen, crée en 1950 le Concerto pour violon de Boris Blacher, en 1962 le Concerto pour violon de Nikos Skalkótas. Ernst Krenek, Julien-François Zbinden, Mátyás Seiber, Winfried Zillig ont également écrit à son intention. L'autre facette de son art, la pureté de style, trouvait toute sa mesure dans les sonates et partitas de Jean-Sébastien Bach, dans la musique de Mozart (il laisse une remarquable interprétation, comme soliste et chef d'orchestre, du Cinquième Concerto pour violon K 219) et les concertos de Max Bruch et Tchaïkovski. Varga a commencé par jouer sur un violon de Nicolas Lupot qui sera détruit durant la Seconde Guerre mondiale. Ses instruments seront par la suite un Giovanni Battista Guadagnini de 1757 (à partir de 1947) et un Guarnerius del Gesù de 1733, le « Soil » (à partir de 1960).

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Écrit par :

  • : chef d'orchestre, musicologue, producteur à Radio-France

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Pour citer l’article

Alain PÂRIS, « VARGA TIBOR - (1921-2003) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/tibor-varga/