HIRSCHHORN THOMAS (1957- )

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en 1957 à Berne, en Suisse, mais couronné par le premier prix Marcel Duchamp décerné à un artiste français ou vivant en France en 2000, Thomas Hirschhorn a commencé sa carrière comme graphiste. Ses collages engagés portaient déjà sa marque de fabrique : un côté bricolé et pauvre, très direct et sauvage, qui qualifie la plupart de ses réalisations. Ses superpositions de photocopies, de prélèvements d'images de magazines sont réalisées avec des bandes adhésives voyantes, reprises et soulignées de commentaires au stylo Bic. « Je ne veux pas intimider les gens, c'est la raison pour laquelle tout est fait à la main. » Cette remarque de Hirschhorn vaut pour toutes ses sculptures, installations, comme pour tous ses travaux graphiques.

Très rapidement, il explore le volume par lequel il exprime ses inquiétudes et ses positions morales et politiques. « Mon désaccord me donne l'énergie de travailler. Je veux impliquer le spectateur mais je ne veux pas être didactique, parce que je ne peux pas lui dire comment agir et comment changer le monde. Je donne quelque chose au spectateur mais je n'attends pas de communication. Je suis un transformateur. » Son vocabulaire fruste lui sert à élaborer des « monuments » à des philosophes connus comme Gilles Deleuze, Georges Bataille ou Michel Foucault. Le premier a été le point de départ d'une structure temporaire de carton et de papier d'aluminium, construite en 2000 dans la banlieue d'Avignon. Ce travail annonçait déjà le Musée précaire Albinet (2004), galerie d'exposition construite par Hirschhorn avec son vocabulaire plastique habituel et destiné à recevoir pendant huit semaines au cœur d'une cité difficile de la banlieue parisienne de véritables œuvres d'art. Onze jeunes du quartier ont suivi une formation pendant un an, afin d'accompagner les œuvres de Malévitch, Dalí, Le Corbusier, Mondrian, Léger, Duchamp, Beuys et Warhol prêtées par de grandes institutions françaises. « L'important n'est pas tant de communiquer l'art ; c'est de montrer que les œuvres, loin d'être un patrimoine passif, activent la pensée », précise Hirschhorn, « parce qu'il faut travailler concrètement à la réalisation de l'utopie, plutôt qu'à sa théorisation ». L'artiste aime choquer et provoquer. « Je dépense toute mon énergie à lutter contre la qualité de l'œuvre », aime-t-il à dire, « je veux aussi travailler dans l'excès, la sur-augmentation, dans la précipitation. Je veux travailler dans le chaos. »

À son choix d'une forme visuelle brute et pauvre, censée désacraliser le contact du spectateur à l'art, répond une pratique prompte au débordement. Hirschhorn aime submerger le visiteur comme dans l'intervention totale Swiss Swiss Democracy réalisée au centre culturel suisse, à Paris, en 2004. En réponse à la nomination à une fonction ministérielle d'un député du parti de l'U.D.C. (droite populaire), l'artiste a créé un forum, environnement total, dédié à la démocratie. Le centre d'art s'est retrouvé englouti sous des tonnes de cartons, d'adhésif marron, de photocopies de textes en tous genres sur la démocratie, et littéralement habité par l'artiste. « Le problème de la démocratie est qu'elle génère sa propre vulnérabilité », martèle l'artiste au cours des deux mois d'exposition jalonnés de rencontres, débats, lectures, pièces de théâtre. De même, au palais de Tōkyō, en 2004, il imagine pour les 24 Heures Foucault de « mutualiser » la pensée du philosophe, prise dans sa dimension dérangeante et incontrôlable. Thomas Hirschhorn désire que ses œuvres soient des lieux de rencontres et d'échanges de pensées, des agoras où le peuple puisse discuter. « L'art est un outil. L'art est un outil de connaissance du monde, l'art est un outil de découverte du réel, l'art est un outil d'expérience du temps qui s'écoule. je suis un artiste, travailleur, soldat. ». À la biennale de Venise (2011), il propose Crystal of Resistance, un ensemble d’objets hétéroclites assemblés en fonction de quatre « champs de forme et de force » : l’amour, la philosophie, la politique et l’esthétique.

Dans le Bronx à New York, Thomas Hirschhorn construit, avec les résidents, Gramsci Monument (2013), un lieu d’accueil fait de contreplaqués, de bâches et de Plexiglas. Il y dispose une exposition consacrée au philosophe marxiste Antonio Gramsci, une bibliothèque de ses théories politiques et sociales, une station de radio et publie un journal quotidien.

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Écrit par :

  • : critique d'art, historienne de l'art spécialisée en art écologique américain

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Pour citer l’article

Bénédicte RAMADE, « HIRSCHHORN THOMAS (1957- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/thomas-hirschhorn/