GLOBE THÉÂTRE DU

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La conception du Globe

La conception du premier Globe se faisait l'écho de plusieurs traditions. Son nom, qui avait été utilisé jusqu'alors pour des atlas, comme celui de Mercator, plutôt que pour des salles de représentation, évoquait les théâtres de la Rome ancienne. Sa forme circulaire, pourtant, s'éloignait de celle en usage dans l'Antiquité et faisait davantage penser à la façon dont les curieux se regroupent autour des acteurs sur une place de village, là où les acteurs de 1576 avaient précisément fait leur apprentissage. L'idée de construire une sorte d'échafaudage avec trois niveaux de galeries entourant une cour circulaire renvoyait aux sortes d'arènes alors en usage pour les combats d'ours et de chiens, ou bien encore de taureaux. La scène, une estrade au centre du théâtre, s'inspirait des tréteaux que montaient alors les compagnies itinérantes dans les cours d'auberge.

Le premier théâtre disposait d'une structure extérieure à vingt côtés, c'est-à-dire aussi proche d'un cercle que la charpenterie de l'époque le permettait. Cette structure faisait trente pieds de hauteur (9 mètres), avec des places assises réparties sur trois niveaux. L'accès du public avait lieu de deux façons : soit par deux étroits couloirs ménagés sous les galeries et qui permettaient d'accéder au parterre entourant la scène, soit par des escaliers installés dans deux tours extérieures et qui conduisaient dans les étages. Cinq des vingt baies qui entouraient les galeries étaient masquées par le frons scenae, un mur de séparation derrière lequel la troupe entreposait accessoires, costumes et livrets et pouvait se préparer avant d'entrer en scène. La scène consistait en une estrade de 1,50 mètre de hauteur qui s'avançait depuis le mur de séparation jusqu'au milieu du parterre. Deux poteaux soutenaient une sorte de toit destiné à protéger de la pluie les acteurs et leurs riches costumes. Les spectateurs du parterre étaient à découvert ; en cas d'intempéries, ils pouvaient, moyennant un supplément, se mettre à l'abri dans les galeries du bas.

Quand il fut reconstruit, le Globe conserva la même structure avec quelques innovations, notamment en ce qui concerne les peintures et les décorations qui ornaient la scène. Les quatre théâtres londoniens les mieux connus de l'époque, la Rose, le Cygne (The Swan), le Globe et la Fortune comportaient tous des baies d'environ 3 mètres de hauteur sur 4 mètres de largeur. Le Globe, la Fortune et probablement le Cygne en avaient vingt, tandis que la Rose, plus petite, n'en comptait que quatorze. L'agencement des sièges, faits de bancs en bois au dossier incliné vers l'arrière et disposés en degrés, de même que la présence d'un toit au-dessus de la galerie la plus élevée assuraient, aux coussins près, le maximum de confort auquel était en droit de s'attendre le public du temps. Sur le balcon même qui dominait la scène, quelques loges étaient réservées à des privilégiés. Si l'on inclut le millier de spectateurs qui pouvait tenir debout dans le parterre, un petit théâtre comme la Rose était à même d'accueillir 2 400 personnes, ce qui permet d'estimer à 3 000, si l'on se fie au témoignage des contemporains, la capacité du Cygne et du Globe.

La scène était grande : environ 13 mètres de largeur et 8 mètres de profondeur. Les deux poteaux qui la flanquaient étaient d'assez grande dimension : ils devaient en effet supporter le poids d'un toit qui était censé représenter également le ciel ; une trappe y était ménagée, ce qui permettait aux acteurs incarnant des dieux de descendre sur la scène par l'intermédiaire d'un treuil. À l'aplomb de cette trappe s'en trouvait une autre, située dans la scène elle-même : c'est par elle qu'apparaissait le spectre du roi dans Hamlet, c'est elle aussi qui servait de tombe à Ophélie. Le mur de scène comportait deux portes sur les côtés, pour les entrées et les sorties, et une troisième au centre, masquée par des rideaux (la tapisserie de Polonius), derrière laquelle se trouvaient les coffres dans Le Marchand de Venise, ou la statue d'Hermione dans Le Conte d'hiver. Au-dessus des trois ouvertures courait, sur toute la largeur de la scène, un balcon dont la loge centrale était utilisée au besoin pour figurer une fenêtre ou un balcon de maison, ou bien encore les remparts d'une ville.

Il convient de préciser que les représentations de l'époque n'avaient absolument rien à voir avec la façon dont nous est aujourd'hui montré Shakespeare, notamment à l'écran. Les pièces se jouaient l'après-midi, [...]

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Écrit par :

  • : professeur émérite à l'université de Reading, Royaume-Uni, directeur honoraire du centre de recherche sur les textes de la Renaissance, université de Reading

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Pour citer l’article

Andrew GURR, « GLOBE THÉÂTRE DU », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/theatre-du-globe/