KANTOR TADEUSZ

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Un théâtre de la vision

La carrière internationale du metteur en scène commence avec La Poule d'eau (1971), présentée au festival de Nancy, et continue avec Les Mignons et les guenons (1973), toujours de Witkiewicz. Avec La Classe morte (1975), le texte de la pièce de Witkiewicz, Tumeur cervicale, se transforme en une « séance dramatique » qui place les acteurs de plain-pied avec le public : accompagnés de poupées, leurs doubles enfantins, des vieillards assis sur les bancs d'une classe revivent leur jeunesse. Violemment grimés, vêtus de costumes élimés, les acteurs, par moments, disent le texte mentalement, et parfois en débitent des passages tout en participant à l'action principale par des gestes qui n'ont aucun rapport illustratif avec les dialogues qu'ils prononcent. Ces fantômes à la mémoire défaillante, soudain agités de mouvements cataleptiques, subitement ramenés à la vie par les notes d'une valse obsédante, figurent parmi les plus grandes « visions » du théâtre de l'après-guerre.

Présent sur scène, Kantor dirige, tel un directeur d'orchestre, la composition des différents éléments. Son théâtre est celui d'un peintre : le souci de composition définit l'espace où s'intègrent les acteurs, considérés avant tout comme des formes plastiques, ainsi que les objets, véritables sculptures et non pas simples accessoires scéniques. C'est avec Wielopole, Wielopole, réalisé à Florence en 1980, que Kantor devient aussi l'auteur des pièces qu'il crée. Il règle ses comptes avec la martyrologie polonaise, la religion catholique, l'antisémitisme, la famille, l'armée. À partir des souvenirs inspirés par sa famille, la pièce devient un chemin de croix douloureux, un rituel blasphématoire.

Qu'ils crèvent les artistes !, réalisé à Nuremberg en 1985, est une « revue ». Kantor y mélange les exploits d'un cirque infernal, celui de Cricot, avec l'histoire d'un sculpteur cracovien de la Renaissance, Veit Stoss, emprisonné à Nuremberg, qui symbolise la condition de l'artiste dans la société. Avec Je ne reviendrai jamais (1988), Kantor n'est plus sur scène de manière « illégale », mais [...]


1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages


Écrit par :

  • : professeur associé de littérature française à la faculté des lettres de Florence (Italie)

Classification


Autres références

«  KANTOR TADEUSZ (1915-1990)  » est également traité dans :

KANTOR TADEUSZ - (repères chronologiques)

  • Écrit par 
  • Jean CHOLLET
  •  • 436 mots

1915 Naissance de Tadeusz Kantor, le 6 avril, à Wielopole, près de Cracovie.1934-1939 Il étudie la peinture et la scénographie à l'Académie des beaux-arts de Cracovie.1942 Sous l'occupation nazie, Tadeusz Kantor fonde à Cracovie un T […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/kantor-reperes-chronologiques/

LA CLASSE MORTE, Tadeusz Kantor

  • Écrit par 
  • Jean CHOLLET
  •  • 325 mots

Tour à tour peintre, plasticien, scénographe, puis metteur en scène et auteur, Tadeusz Kantor (1915-1990) fonde en 1955 le Théâtre Cricot 2 (anagramme de « to cyrk », le cirque). Dans la cave de la galerie Krysztofory à Cracovie, il poursuit une recherche théâtrale issue de diverses influences philosophiques et picturales (Duchamp et le surréalisme, F […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/la-classe-morte/#i_80338

POLOGNE

  • Écrit par 
  • Jean BOURRILLY, 
  • Georges LANGROD, 
  • Michel LARAN, 
  • Marie-Claude MAUREL, 
  • Georges MOND, 
  • Jean-Yves POTEL, 
  • Hélène WLODARCZYK
  •  • 44 181 mots
  •  • 25 médias

Dans le chapitre « La littérature face aux totalitarismes (1939-1989) »  : […] Le 1 er  septembre 1939, Hitler franchit les frontières occidentales de la Pologne. Quelques jours plus tard, l'écrivain visionnaire S. I. Witkiewicz se suicide lors de l'invasion des territoires orientaux de la Pologne par l'Union soviétique. L'occupation nazie dura six ans. Quand aux troupes soviétiques, elles ne quittèrent la Pologne qu'après la chute du Mur de Berlin e […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/pologne/#i_80338

Voir aussi

Pour citer l’article

Brunella ERULI, « KANTOR TADEUSZ », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 octobre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/tadeusz-kantor/