SOULIER, histoire du costume

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Soulier, chaussure : le choix du vocable est indifférent. « Chaussure », mot défini par L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, est « la partie de l'habillement qui couvre le pied ». Plus loin, le rédacteur de l'article écrit : « Presque tous les Européens sont en souliers. » La quasi-synonymie des deux mots n'empêche pas la prépondérance de soulier, terme le plus usité jusqu'au xxe siècle, où il est remplacé dans le langage par chaussure. Ces deux mots sont employés pour dénommer les trois formes génériques que l'on retrouve universellement : la sandale, chaussure réduite à sa plus simple expression, composée d'une semelle et de lanières, qui protège la plante des pieds ; le soulier bas enveloppe le pied jusqu'à la cheville ; la botte dont la tige plus ou moins haute recouvre le mollet. Toutes les formes sont issues de celles-ci et se combinent pour donner naissance à de nombreuses variations, parfois d'une grande fantaisie, selon les peuples. Sous ces trois formes, les chaussures apparaissent dans l'art, sur les fresques ou sur les bas-reliefs des antiques civilisations méditerranéennes et orientales et dans les vestiges livrés par les tombeaux.

Bottes ou souliers fins ?

Photographie : Bottes ou souliers fins ?

Ce dessin satirique de Scarborough raille les femmes qui adoptent des tenues masculines, comme ici les bottes, 1813. 

Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

Afficher

Le rôle protecteur et fonctionnel de la chaussure n'est pas négligeable. Son aspect fonctionnel impose des constantes, qu'il serait erroné de surestimer. Elles sont tempérées par une indifférence aux facteurs climatiques, anatomiques ou sexuels. Les bottes ou les guêtres, par exemple, sont portées par les peuples cavaliers, quel que soit le climat. La forme anatomique n'y est pas prise en compte, jusqu'à ce qu'apparaisse en Occident, à la fin du xixe siècle, la différenciation du pied droit et du pied gauche. De même la différenciation selon les sexes ne s'exprime qu'à partir des Temps modernes.

Comme le vêtement, la chaussure situe au premier regard son propriétaire. Elle est avant tout l'expression d'un privilège social et d'une symbolique : attribut de classe, le port du soulier est réglementé par les ordonnances somptuaires.

À mesure que la sandale recule devant le soulier bas ou le soulier avec guêtres des Barbares qui envahissent l'Occident à la fin de l'Empire romain, elle devient signe de renoncement et d'humilité. Elle subsiste ainsi en Europe, portée par les membres des ordres religieux, mendiants et contemplatifs, alors que le clergé séculier porte des souliers couvrants.

En rehaussant sa taille, la chaussure donne une apparence majestueuse à l'individu et rend évidente sa supériorité sociale. Au Moyen Âge, des patins s'enfilaient sur les chaussures pour les protéger de la boue, mais ils tomberont peu à peu en désuétude avec l'invention du talon.

La chaussure ne devient objet de mode que tard dans l'histoire, lorsque s'estompe sa signification symbolique et rituelle. Elle suit alors les progrès du luxe. Paradoxalement, les fragiles souliers de bal ou de cérémonie de l'époque ont subsisté, protégés par leur richesse même, alors que les grossiers souliers de cuir ont disparu. Plus la chaussure est fonctionnelle, moins elle est sensible à la mode, comme le montre bien la chaussure de travail. Mais les relations entre la chaussure et le vêtement peuvent rester méconnues ou occultées aux yeux des contemporains, les rapprochements stylistiques ne s'imposant qu'avec le recul. Aujourd'hui, la diversité des mouvements dans la mode vestimentaire s'accompagne de changements rapides dans la mode des chaussures. Les bouts et les talons sont les éléments essentiels du jeu de la mode. Bien que certaines formes soient récurrentes, le bout pointu est celui qui revient le plus souvent à travers les âges. Venu sans doute d'Orient, il atteint de telles dimensions au xve siècle, sous le nom de poulaine, qu'il est prohibé au début de la Renaissance, pour être aussitôt remplacé par le bout large en patte d'ours dont l'évolution est tout aussi extravagante. C'est certainement en Orient qu'apparaît aussi le talon. À l'origine, c'est un élément de la botte cavalière. Quand il fait son apparition au xviie et au xviiie siècle, le talon aux lignes incurvées est placé sous la cambrure et permet au pied de paraître encore plus petit. Au temps de la mode des jupes longues, il reste une « coquetterie confidentielle ». Avec la mode du « retour à l'Antique », le talon disparaît. Lorsqu'il réapparaît dans la seconde moitié du xixe siècle, il trouve sa place définitive à l'extrémité postérieure de la semelle. De masculin au xviie siècle, le talon est devenu presque exclusivement féminin au xxe siècle. Avec le raccourcissement des jupes à partir de 1910, la chaussure prend toute son importance, s'élève et s'affine. Après 1918, le talon monte ou descend selon les fantaisies des couturiers.

Bouts pointus et talons hauts ont été combattus soit au nom de la morale, soit au nom de l'hygiène au temps du rationalisme triomphant. Dès lors, les critères changent : la chaussure doit s'adapter à la morphologie du pied, car elle influe sur le développement du squelette et peut contrarier le pied dans l'exercice naturel de la marche. Le talon haut est critiqué en raison de son rôle néfaste pour la colonne vertébrale. C'est ainsi qu'apparaît vers 1880 une distinction dans la forme des semelles : auparavant les deux souliers étaient identiques comme les chaussons de danse actuels qui n'ont ni pied droit ni pied gauche. C'est ce même souci d'hygiène corporelle qui participe de la création, au début du xxe siècle, de véritables chaussures pour enfants, accompagnant et soutenant la croissance du pied.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  SOULIER, histoire du costume  » est également traité dans :

KUMAGAÏ TOKIO (1947-1987)

  • Écrit par 
  • Guillaume GARNIER
  •  • 684 mots

La brève carrière de Tokio Kumagaï illustre le renouveau esthétique qui a marqué au cours des années 1980 le domaine de la chaussure et qui associe le confort à la plus grande fantaisie. Né à Sendai au Japon, il effectue des études de mode à l'école Bunka (1966). Le cours de ses études est jalonné de prix universitaires (prix Soen, 1968 ; prix Endoh, 1970). Attiré, comme beaucoup de jeunes créateu […] Lire la suite

MODE - Histoire et composantes

  • Écrit par 
  • Catherine ORMEN
  • , Universalis
  •  • 12 469 mots
  •  • 9 médias

Dans le chapitre « Des accessoires qui protègent »  : […] La coutume est de faire figurer la chaussure au rang des accessoires. Pourtant, depuis la nuit des temps, elle joue un rôle de protection et, de plus, révèle l'appartenance sociale. Selon l'Ancien Testament, les Sumériens auraient marché pieds nus, les chaussures n'étant réservées qu'au costume d'apparat du souverain. Pratiques similaires en Égypte : les personnes de haut rang portaient à la main […] Lire la suite

Pour citer l’article

Renée DAVRAY-PIÉKOLEK, « SOULIER, histoire du costume », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/soulier-histoire-du-costume/