WEIL SIMONE (1909-1943)

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On ne séparera pas chez Simone Weil l'action et la pensée, le témoignage vécu et la doctrine vivante. Sa passion de militante (de La Révolution prolétarienne à la « France libre » du général de Gaulle) naît des exigences de sa réflexion, et sa réflexion se fait péremptoire pour nous enjoindre d'obéir sans réserve à l'exigence du réel. Au cœur du réel, il y a l'ordre divin, l'harmonie souveraine descendue jusqu'à nous, qui nous crucifie et nous sauve. Simone Weil le démontre mais surtout l'affirme. Ainsi, elle nous touche avant même de nous éclairer, et nous subjugue.

Les trois leçons de Simone Weil

Née à Paris le 3 février 1909 dans une famille d'israélites cultivés, Simone Weil, élève d'Alain, dont elle retient le rationalisme volontaire, devient agrégée, professeur de philosophie, et déjà milite dans le mouvement anarchiste. Elle décide, en 1934 et 1935, de travailler en usine comme manœuvre sur machines à l'entreprise Alsthom, puis chez Renault. Elle s'engage, en 1936, aux côtés des républicains dans la guerre d'Espagne. Elle professe cependant face à la montée du nazisme un pacifisme résolu, qui se mue, après l'entrée des Allemands à Prague en 1938, en appel à la lutte armée contre Hitler. L'occupation de Paris, en juin 1940, lui fait gagner Marseille, puis l'Ardèche, où elle travaille comme ouvrière agricole. Sa découverte du Christ, qui s'approfondit, a alors pour interlocuteurs à Marseille le père Perrin, à Saint-Marcel-d'Ardèche Gustave Thibon. Puis, par le Maroc et les États-Unis, où sa famille a fui la persécution, elle gagne Londres où elle travaille dans les bureaux de la « France libre », et demande en vain à rejoindre le combat de la résistance sur le sol national. Malade et gravement dénutrie, elle meurt le 24 août 1943 à Ashford (Kent).

Cette vie, cette mort sont déjà sa doctrine, qu'on manquerait à ne chercher que dans ses écrits proprement spirituels, qui datent presque tous des années 1940-1943. Avant même d'ouvrir ses ouvrages posthumes, on peut retenir trois leçons. La première est celle de l'analyse politique. Elle a démonté les ressorts de la redoutable frénésie du nazisme, et cela dès 1932. Le nazisme n'est pas la création d'Adolf Hitler : c'est une maladie de l'âme moderne, qui a livré celle-ci au premier chef de bande. Dans l'Allemagne de 1932, Simone Weil voit la tragédie se nouer, autant par la démission des élites bourgeoises que par la division entre les partis populaires. Hitler encourage les ouvriers en grève, les communistes allemands les désavouent, Hitler enfin les mate. Qu'on accepte ou non les positions personnelles de Simone Weil, l'acuité des Écrits historiques et politiques est incomparable. La deuxième leçon concerne la condition ouvrière : « L'ignorance totale de ce à quoi on travaille est excessivement démoralisante [...] On n'a pas le sentiment, non plus, du rapport entre le travail et le salaire. L'activité semble arbitrairement rétribuée. On a l'impression d'être un peu comme des gosses à qui la mère, pour les faire tenir tranquilles, donne des perles à enfiler en leur promettant des bonbons. » La troisième leçon est apportée par le témoignage de Simone Weil sur sa découverte de Dieu, notamment dans les lettres au père Perrin. Elle s'adresse au prêtre, elle fait état de sa rencontre du christianisme à travers le comportement de certains pratiquants et la liturgie catholique, puis de sa rencontre du Christ dans le seul à seul de l'expérience mystique. Mais, en même temps, elle refuse l'adhésion par le baptême à aucune Église visible. Elle désire bien plutôt voir l'Église romaine renoncer à ses anathèmes et accorder la communion eucharistique sans exiger la confession du dogme, que l'Église définit, pense-t-elle, par des mots et des notions, en termes purement intellectuels. Elle demeure donc « sur le seuil » et, cependant, elle s'est avancée bien au-delà, car elle a foi en la présence du Christ en l'hostie. La profondeur et la beauté de sa conception du surnaturel, la sincérité de son cri rendent émouvant son appétit d'absolu, toujours inapaisé. Mais le témoignage ici est aussi un enseignement. Cette sagesse qu'elle dit recevoir comme un don, et, dans la plus totale désappropriation, elle entend nous l'apprendre.

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Sylvie COURTINE-DENAMY, François HEIDSIECK, « WEIL SIMONE - (1909-1943) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/simone-weil/