UEDA SHOJI (1913-2000)

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Le photographe japonais Shoji Ueda est né le 27 mars 1913 à Sakaiminato, dans la région de Tottori, dans le sud-ouest de Honshū. Fils unique d'une famille d'artisans, le jeune Shoji décide, à la fin de ses études secondaires, de devenir peintre. Il n'ira pourtant pas apprendre la peinture à Tōkyō comme il l'avait envisagé car, à l'âge de quinze ans, il a découvert la photographie. Son père lui offre un appareil Kodak Vest-Pocket en 1929, et le photo-club de Yonago, non loin de Tottori, élargira les perspectives de l'adolescent. En 1930-1931, Shoji Ueda suit à Tōkyō les cours de Toyo Kikuchi, à la Oriental School of Photography. Dûment diplômé, le jeune homme revient à Sakaiminato où il ouvre un studio de portraitiste.

Dès lors, Ueda conjugue son activité commerciale avec ses recherches personnelles marquées par une vision singulière, proche de la peinture, sa première vocation. Au réalisme des premiers clichés, Shoji Ueda préfère une organisation de l'espace en deux dimensions, ou du moins une construction épurée de plans frontaux, à la manière d'un décor de scène, dans laquelle évoluent de minuscules personnages.

En 1934, il participe à la fondation du Chugoku Photographers de Okayama dont il reste membre jusqu'en 1937. Pendant les années de guerre, son refus de travailler comme reporter lui vaut l'interdiction d'exercer son métier de photographe. Il reprend son appareil en 1946 pour photographier les dunes de sable, sur les plages de Tottori, thème qu'il n'abandonnera jamais : sur ces dunes, des personnages en costume de ville évoluent, accompagnés d'un élément mobilier ou d'accessoires, comme un chapeau ou un parapluie.

En 1948, Shoji Ueda adhère au club Ginryusha Photographers de Tōkyō. Une première exposition personnelle à la galerie Muramatsu de Tōkyō en 1953, le prix Nika-kai remporté l'année suivante à l'exposition organisée par l'association des peintres Nika l'amènent sur le devant de la scène artistique japonaise. En 1955, il devient membre du club Nika Photographers et participe au jury de son prix. Il reçoit la même année le prix de photographie, institué par Nika. Cependant, ses recherches se diversifient sans qu'Ueda abandonne ses partis pris esthétiques : clarté de la lumière du jour, distance vis-à-vis du sujet, association du sable et du ciel. Le thème de l'enfance tient désormais une place importante, mais il est traité sans attendrissement ni mièvrerie, comme si le regard du photographe maintenait, invisible mais réelle, une barrière entre son état d'adulte et l'univers perdu des jeux de papiers et de ballons. Dans le paysage des dunes et des plages de Tottori, Ueda met en scène une réflexion ironique et attachante sur la photographie de mode, mêlant artistes et modèles, avec, en particulier, une série sur le photographe de mode Ken Domon, protégé dans les dunes par l'ombrelle de son assistant.

En 1960, Edward Steichen, directeur du musée d'Art moderne de New York, invite Ueda à participer à une présentation de la photographie japonaise au M.O.M.A. En 1978, Shoji Ueda anime un stage aux Rencontres d'Arles qui lui consacreront une de leurs soirées en 1987. Mais le Japon restera, jusqu'au début des années 1980, le principal territoire de la diffusion de son œuvre. Il y publie deux livres révélateurs de ses goûts : l'enfance avec Children the Year Round (1971) et les dunes avec Sand Dunes, Seasons of the Children (1978). Après avoir enseigné à la Shimane University, Shoji Ueda est nommé en 1975 professeur de photographie à Kyushyu Sangyo University dans le comté de Fukuoka, il reçoit le mérite culturel japonais en 1978. Un recueil, Brilliant Scenes (1981), et un ouvrage rétrospectif, Showa Photo Series (1983), consacrent le style de Ueda. L'œuvre du maître connaît un large écho en Occident à partir de 1982 avec l'exposition de la Canon Photo Gallery d'Amsterdam, suivie par d'autres à la galerie Il Diaframma de Milan (1983), au Centre Georges-Pompidou à Paris (1987), à la Houston FotoFest et au Museum of Contemporary Photography de Chicago (1988). En 1990, le musée de l'Élysée de Lausanne, le Palais de Tōkyō et l'espace photo Picto Bastille pour le Mois de la photo à Paris l'exposent à leur tour, puis la galerie du Château-d'Eau de Toulouse en 1994. En 1995, deux ans après la grande exposition rétrospective de la Tokyo Station Gallery, la ville de Kishimoto, dans la région natale du photographe, ouvre le mus [...]

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Hervé LE GOFF, « UEDA SHOJI - (1913-2000) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/shoji-ueda/