SAINT LOUIS (JEUX OLYMPIQUES DE) [1904]Contexte, organisation, bilan

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Les jeux Olympiques de Paris en 1900, noyés dans l'Exposition universelle, avec leurs multiples compétitions éparpillées durant près de six mois dans la capitale française et sa périphérie, ouvertes aux sportifs amateurs et professionnels, concourant séparément ou ensemble, laissent Pierre de Coubertin amer et le mouvement olympique circonspect : n'aurait-il pas fallu répondre favorablement à la requête du roi Georges Ier de Grèce, qui souhaitait que les jeux Olympiques se déroulent toujours à Athènes ? Mais il n'en est pour l'heure pas question, quand le C.I.O. tient sa quatrième session, le 22 mai 1901 à Paris. Le problème du jour est la désignation de la ville où auront lieu les Jeux de 1904. Lors d'un voyage outre-Atlantique en 1889, Coubertin s'était pris d'amitié pour William Sloane, professeur à l'université Princeton : alors qu'il se démenait pour faire avancer l'idée du rétablissement des jeux Olympiques, laquelle ne recueillait que peu d'écho et ne provoquait guère d'enthousiasme chez ses interlocuteurs, William Sloane vibra pour cette proposition et soutint le baron dans son entreprise ; le professeur Sloane fut bien sûr l'un des congressistes de la Sorbonne, en 1894, et Coubertin promit à son ami que les Jeux se dérouleraient bientôt dans le Nouveau Monde, à Chicago comme le souhaitait Sloane. Ce jour, Chicago se voit donc désignée ville d'accueil des jeux Olympiques de 1904.

Mais rien n'est simple pour le mouvement olympique renaissant. Ainsi, James E. Sullivan, président de la puissante Amateur Athletic Union, nommé commissaire de l'Exposition panaméricaine qui se tient en novembre 1901 à Buffalo, aurait souhaité que les Jeux se déroulent dans cette ville de l'État de New York et exprime son mécontentement. Surtout, dans le même temps, plusieurs hommes d'affaires de Saint Louis se réunissent pour organiser dans cette ville du Missouri une Exposition universelle destinée à célébrer le centenaire de l'achat de la Louisiane à la France, en 1803, acquisition matérialisée par le Louisiana Purchase de mars 1804. Rapidement, ceux-ci proposent au C.I.O. le transfert des Jeux de 1904 de Chicago à Saint Louis. En 1902, Theodore Roosevelt, fraîchement élu président des États-Unis, décide que les Jeux se tiendront à Saint Louis, car faire concorder l'Exposition et les Jeux peut impulser, selon le président et ses conseillers, un nouveau souffle à cette ville, alors gangrenée par les tensions raciales et la corruption politique. Coubertin et le C.I.O. s'inclinent, en l'échange de la promesse que la place réservée aux compétitions professionnelles demeurera secondaire, et que l'essentiel des concurrents seront des amateurs. Quant à James E. Sullivan, il se voit confier l'organisation des Jeux, ce qui calme son courroux.

Louisiana Purchase Monument, Saint Louis

Photographie : Louisiana Purchase Monument, Saint Louis

La Louisiana Purchase Exposition, une Exposition universelle célébrant le centenaire de l'achat de la Louisiane à la France, fut pour Saint Louis le grand événement de l'année 1904. Le Louisiana Purchase Monument fut érigé à cette occasion. Les jeux Olympiques organisés concomitamment... 

Crédits : Missouri History Museum

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Les travaux liés à l'Exposition universelle sont conséquents, mais, pour les jeux Olympiques, seules deux enceintes spécifiques sont édifiées sur le campus de l'université Washington : un stade d'une capacité de quinze mille places, doté d'une piste d'un tiers de mile de longueur et de 20 pieds de largeur, et un gymnase de granit et d'acier, disposant des agrès les plus modernes. Comme en 1900, les Jeux sont donc dilués dans une Exposition universelle, les compétitions étalées sur près de cinq mois, du 1er juillet au 23 novembre 1904. En outre, la participation est maigre : le voyage transatlantique en bateau dure onze jours, auxquels il faut ajouter 40 heures de chemin de fer pour gagner la capitale du coton depuis la côte est des États-Unis. Ce périple décourage la quasi-totalité des Européens : la France, tout comme la Grande-Bretagne, ne finance pas le voyage d'une délégation ; Coubertin lui-même ne se déplace pas outre-Atlantique ; le C.I.O. est représenté par le Hongrois Ferenc Kemény.

Dans un tel capharnaüm, les statisticiens du C.I.O. connaîtront les plus grandes difficultés pour établir la liste des participants aux « jeux Olympiques ». Ils décideront que six cent cinquante et un sportifs ont pris part aux Jeux de Saint Louis ; parmi ceux-ci, cinq cent vingt-trois sont américains et cinquante-deux canadiens. Dans le dédale de l'Exposition, il semble que trois cent quatre-vingt-dix épreuves sportives se soient déroulées, mais seulement quatre-vingt-onze reçoivent le label « olympique ». En outre, plus de cinquante de ces dernières voient uniquement des Américains sur la liste des engagés, si bien qu'elles servent souvent aussi de Championnats des États-Unis.

Par ailleurs, ces Jeux sont avant tout ceux de l'Amérique ségrégationniste, qui organise dans leur cadre l'Anthropology Day, deux jours en fait durant lesquels il ne s'agit pas seulement de distraire le public, mais de tester, devant des scientifiques et des professeurs, les qualités athlétiques des races jugées « inférieures » par l'Amérique blanche. Déjà, certains chroniqueurs emploieront l'expression « Jeux de la honte ».

Une nouvelle fois, les Jeux ne ressemblent en rien à l'idéal olympique. Pourtant, les Jeux de Saint Louis sont marqués par une innovation majeure : pour la première fois, les trois premiers des épreuves se voient récompensés par une médaille – or pour le vainqueur, argent pour le deuxième, bronze pour le troisième –, inaugurant une tradition qui restera en vigueur. Le design de ces médailles, créées par Dieges and Clust, une entreprise de joaillerie de New York, s'inspire des médailles d'argent décernées à Athènes en 1896, avec Zeus et une Victoire ailée surmontant le globe, sur le revers. En outre, la boxe intègre le programme olympique, tout comme le décathlon athlétique, alors que la lutte et les « poids et haltères » (haltérophilie), absents en 1900, font leur retour.

Par ailleurs, de magnifiques champions se distinguent à Saint Louis : l'athlète américain Archie Hahn, surnommé la « Comète de Milwaukee », remporte les 60, 100 et 200 mètres ; son compatriote James Lightbody, magnifique miler, gagne le 800 mètres, le 1 500 mètres et la course de steeple ; Harry Hillman, de Brooklyn, remporte le 400 mètres ainsi que les 200 et 400 mètres haies ; Ray Ewry gagne les trois sauts sans élan ; le gymnaste Anton Heida s'adjuge cinq médailles d'or et une d'argent ; quant à George Eyser, autre gymnaste, il obtient six médailles (dont trois en or), malgré une jambe de bois.

L'officieux classement des nations est bien évidemment écrasé par les États-Unis : soixante-dix-huit médailles d'or, quatre-vingt-deux médailles d'argent, soixante-dix-neuf médailles de bronze, soit deux cent trente-neuf médailles au total. L'Allemagne suit à une distance plus que respectable : quatre médailles d'or, quatre médailles d'argent et cinq médailles de bronze. Puis vient Cuba : quatre médailles d'or, deux médailles d'argent, trois médailles d [...]

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Écrit par :

  • : historien du sport, membre de l'Association des écrivains sportifs

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Pierre LAGRUE, « SAINT LOUIS (JEUX OLYMPIQUES DE) [1904] - Contexte, organisation, bilan », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/saint-louis-jeux-olympiques-de-1904-contexte-organisation-bilan/