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RUSSIE (Le territoire et les hommes) La Fédération de Russie

Nom officiel

Fédération de Russie (RU)

    Chef de l'État

    Vladimir Poutine (depuis le 7 mai 2012)

      Chef du gouvernement

      Mikhaïl Michoustine (depuis le 16 janvier 2020)

        Capitale

        Moscou

          Langue officielle

          Russe

            Nouvel ordre, nouveaux désordres (1993-1998)

            Avec l'adoption de la nouvelle Constitution, le pouvoir politique a désormais les mains libres pour promouvoir ses réformes. Faute d'un soutien populaire, il se tourne vers les grands acteurs économiques qui ne manquent pas de tirer profit de cette alliance. Cette inflexion n'est pas sans effet sur l'opinion publique qui, choquée par les arrangements qui se trament en coulisses, par les bouffées de violence qui accompagnent ce partage des richesses, exprime de plus en plus sa nostalgie de l'ordre.

            Un capitalisme sans capitaux

            Les privatisations sont le grand chantier libéral qui succède à la libéralisation des prix. La première phase, qui débute à l'automne de 1992, est ambiguë. D'une part, les privatisations sont présentées comme une sorte d'actionnariat populaire visant à rendre à la société une propriété dont l'État communiste l'avait spolié. D'autre part, elles interviennent dans un contexte d'effondrement de la production industrielle, voire de désindustrialisation, qui rend difficile l'estimation des entreprises privatisées, l'absence de transparence des transactions venant renforcer le soupçon qui pèse sur ces opérations : le pouvoir sera bientôt accusé de brader le patrimoine à ses affidés et les privatisations seront qualifiées d'injustes.

            De plus, à l'encontre du modèle théorique, cette opération ne contribue pas à améliorer l'efficacité économique : elle ponctionne les ressources disponibles, rares, qu'il aurait peut-être mieux valu injecter dans des investissements de modernisation ; elle n'abolit pas la structure très monopoliste de l'industrie ; enfin, effectuée à bas prix, elle ne remplit guère les caisses d'un État qui, pour parer à ses difficultés budgétaires, se lance en mai 1993 dans l'émission de bons du Trésor aux taux de rémunération attractifs, qui auront bientôt des conséquences néfastes.

            Peu à peu se constituent, à la faveur de circonstances plus ou moins troubles, de grands « groupes industriels et financiers ». Mikhaïl Khodorkovski, patron de la banque Menatep, crée ainsi le groupe Rosprom, qui réunit plus de cent entreprises, Vladimir Potanine adjoint le groupe Interros à l'Onexim Bank. En 1995, les grands potentats viennent financièrement à l'aide du pouvoir par une opération qui a pris le nom de « prêts contre action » : ils dotent le budget national en échange d'un droit sur les actions de quelques géants industriels encore possédés par l'État, ce qui constitue la première étape d'une nouvelle vague de privatisations dont les modalités seront contestées par la suite.

            Les institutions démocratiques à l'épreuve

            Le pouvoir eltsinien voit dès lors sa marge de manœuvre limitée. Ces grands banquiers passent pour les véritables maîtres au Kremlin, le terme « oligarchie » s'impose pour caractériser la vraie nature du pouvoir. Certains parlent de « captation de rente », voire de « privatisation de l'État ».

            Tout cela déconsidère encore plus un pouvoir déjà très critiqué malgré ses efforts de compromis (amnistie des responsables du putsch de 1991 et de l'insurrection de 1993, conclusion d'un « Accord d'entente sociale » garantissant la paix civile jusqu'aux législatives de décembre 1995). S'imposent de plus en plus, pour caractériser la situation, les termes « chaos », « État de non-droit » (les assassinats d'entrepreneurs, de députés et de journalistes se multiplient). La tension est telle qu'il est question de reporter l'échéance électorale.

            Elle est finalement respectée et l'équipe au pouvoir se lance dans la campagne avec deux partis destinés à occuper le centre et à marginaliser les extrêmes : le Premier ministre Tchernomyrdine mène[...]

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            Écrit par

            • : professeure émérite en civilisation russe à Sorbonne-université
            • Universalis : services rédactionnels de l'Encyclopædia Universalis

            . In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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            Russie : carte administrative - crédits : Encyclopædia Universalis France

            Russie : carte administrative

            Russie : drapeau - crédits : Encyclopædia Universalis France

            Russie : drapeau

            Boris Eltsine au moment du putsch de 1991 - crédits : S. Anipchenko/ Slava Katamidze Collection/ Getty Images

            Boris Eltsine au moment du putsch de 1991

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