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ROMÉO ET JULIETTE, William Shakespeare Fiche de lecture

Pièce mythique, Roméo et Juliette, composée vers 1595 et publiée en 1597, est sans doute la tragédie la plus bouleversante de William Shakespeare (1564-1616). À partir de sources préexistantes (Masuccio de Salerne, Luigi Da Porto, Bandello), le dramaturge fait des jeunes amants tragiques le symbole de l'innocence sacrifiée et de l'amour sublime. La pièce fut écrite à peu près en même temps que Le Songe d'une nuit d'été, où le thème des amants empêchés recevait un traitement comique à travers la mise en scène burlesque de l'histoire de Pyrame et Thisbé. Or l'efficacité de Roméo et Juliette est largement liée aux effets de surprise sur lesquels repose l'action, en particulier dans le dosage entre éléments comiques et tragiques dans la progression de l'intrigue, et dans le contraste entre la solitude et le lyrisme des « deux amoureux, contrariés par les astres » et l'aveuglement criminel de leur entourage.

Comédie et lyrisme

De fait, la tragédie semble adopter dans un premier temps les conventions du genre comique, du moins jusqu'au retournement subit de l'acte III, avec le meurtre de Mercutio par Tybalt et celui de ce dernier par Roméo. Jusqu'à ce double meurtre, tout semble pouvoir trouver une issue positive. Le thème même des amours de deux jeunes gens empêchés de s'unir par leurs parents et leurs stratagèmes pour contourner l'interdit familial pouvait ressortir à la comédie – et l'on pense là encore au Songe d'une nuit d'été. Ainsi, les deux premiers actes présentent la querelle entre les Capulet et les Montaigu, les deux plus grandes familles de Vérone, sur un mode mi-sérieux, mi-comique, en particulier lorsque les serviteurs singent leurs maîtres ; une large part est faite, dans ce début de pièce, à la festive scène du bal où se rencontrent Roméo et Juliette, ainsi qu'à leurs duos amoureux. C'est l'occasion pour Shakespeare de donner libre cours à son lyrisme : la révélation de la passion amoureuse s'exprime dans une langue incandescente. Dès l'acte II, les deux jeunes gens se promettent l'un à l'autre au cours de la poétique scène du balcon, l'une des grandes scènes d'amour du corpus shakespearien : « Mais chut ! Quelle lumière perce à cette fenêtre ? C'est l'Orient et Juliette en est le soleil ! Lève-toi, beau soleil et tue l'envieuse lune qui est déjà malade et pâle de chagrin que toi, sa vestale, puisse être combien plus belle ! Ne sois pas sa vestale puisqu'elle est envieuse ; sa livrée virginale a des tons anémiques et verdâtres ; il n'y a que des folles pour la porter ; jette-la aux orties. Voici ma dame ! Oui, voici mon amour ! » (acte II, scène 1).

Si Roméo, le jeune écervelé des premières scènes, nourri de poésie pétrarquiste, se convertit à l'amour véritable en rencontrant Juliette, cette dernière l'emporte sur lui en intensité et en maturité, malgré sa très grande jeunesse. Au début du troisième acte, elle a des mots incantatoires qui en appellent au cosmos entier pour exprimer un amour absolu, placé sous le signe de la nuit et du secret.

Quant à la déchirante scène des adieux après l'unique nuit d'amour de Roméo et Juliette, elle reste l'une des plus émouvantes du théâtre shakespearien : « C'était l'alouette messagère du matin, et non le rossignol : vois, mon amour, quelles zébrures jalouses festonnent ces nuages qui s'entr'ouvrent là-bas... » (III, 5).

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Écrit par

  • : agrégée d'anglais, ancienne élève de l'École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud, maître de conférences à l'université de Paris-VIII-Saint-Denis

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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