RESTIF DE LA BRETONNE (1734-1806)

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Restif de La Bretonne est une des personnalités les plus attachantes du xviiie siècle. Berger, typographe, écrivain, réformateur, philosophe, libertin, visionnaire, il fut tout cela à la fois, ce qui explique les opinions contradictoires portées dès son vivant sur l'homme et sur son œuvre. Cette œuvre immense recèle pourtant des documents de premier ordre sur la vie paysanne de son temps, des pages remarquables sur les mystères du cœur humain et des visions politiques qui ne furent pas toutes entièrement utopiques.

Le premier écrivain paysan

Nicolas Edme Restif (ou Rétif) est né à Sacy, en basse Bourgogne. Il y passa son enfance, au milieu d'une famille très nombreuse et mènera jusqu'à douze ans la vie d'un petit paysan. Des dons précoces pour les lettres, une sensibilité portée en même temps vers la rêverie et la réflexion inciteront sa famille à le diriger vers d'autres destinées qu'une vie campagnarde. À dix-sept ans, il part pour Auxerre où il reste quatre ans apprenti puis compagnon typographe. Ce métier lui assurera plus tard son gagne-pain et lui permettra de composer lui-même une partie de ses livres. À vingt et un ans, il arrive à Paris où il vivra jusqu'à la fin de sa vie, à l'exception de fréquents séjours à Sacy.

Paysan devenu citadin, Restif gardera sa vie durant cette double empreinte. Ses œuvres portent la nostalgie de son enfance paysanne et l'illumination équivoque de sa rencontre avec Paris. La capitale sera pour lui le lieu de perversion de l'innocence paysanne en même temps qu'un creuset idéal pour les passions. Ces passions, très tôt révélées chez Restif, seront celle des femmes et celle de l'écriture. Il aura plus d'une centaine de maîtresses (s'il faut en croire son Calendrier) et écrira 194 volumes totalisant près de 10 000 pages. Ses premières œuvres sont sans grand intérêt, mais il connaît le succès et la gloire dès 1775 avec Le Paysan perverti (suivi en 1784 de La Paysanne pervertie). La Vie de mon père (1778) confirme ce succès. Suivront les 42 volumes des Contemporaines (publiés de 1780 à 1783), les Idées singulières, groupant des essais de réforme sociale (Le Pornographe, 1769 ; La Mimographe, 1770 ; Les Gynographes, 1777 ; L'Andrographe, 1782 et Les Thesmographes, 1789), puis Les Nuits de Paris (10 vol. publiés de 1788 à 1793) et Monsieur Nicolas ou le Cœur humain dévoilé (16 t. publiés de 1794 à 1797). Encore ne s'agit-il là que des titres principaux d'une œuvre considérable.

« Avant moi, disait Restif, le paysan n'avait jamais eu d'écrivain. » Rien n'est plus juste. On oublie trop souvent qu'en ce siècle de réformateurs Restif est le seul qui soit, socialement parlant, d'origine paysanne. Ni Diderot, ni Rousseau, ni d'Alembert n'ont eu avec le peuple des campagnes les liens profonds, viscéraux qui furent ceux de Restif. À ce titre, des œuvres comme La Vie de mon père et de nombreux passages d'autres œuvres comme L'École des pères (1776), Monsieur Nicolas, Les Contemporaines et Le Paysan perverti recèlent des documents inestimables, de véritables inventaires ethnographiques sur la vie d'un village français du xviiie siècle. Restif y décrit, dans les termes les plus précis, les procédés de culture, la répartition des terres, les coutumes de mariage, les contes et légendes locales, les dialectes, bref toute la vie d'un village. Il a par conséquent mille fois raison d'écrire que « tel Parisien, instruit des usages des Iroquois, ignore tout des usages français dans nos villages ». Parole qui, d'ailleurs, reste encore valable de nos jours. Dans Le Paysan perverti, il propose même, sous le titre de Statuts du bourg d'Oudun composé de la famille R. vivant en commun, un véritable projet de commune populaire, dont certaines idées se retrouveront dans Charles Fourier et dans Saint-Simon.

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Jacques LACARRIÈRE, « RESTIF DE LA BRETONNE (1734-1806) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/restif-de-la-bretonne/