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LAFORGUE RENÉ (1894-1962)

Médecin et psychanalyste français. D'origine alsacienne, René Laforgue fait ses études médicales à Berlin, mais obtient en France, en 1919, son doctorat pour une thèse sur « l'affectivité dans la schizophrénie ». Installé d'abord à Grenoble, puis à Paris en 1921, il décide de se consacrer à la psychanalyse, ayant lu en allemand les principaux ouvrages de Freud. Après une courte psychanalyse didactique avec Mme Sokolnicka (contrôlée par Otto Rank et, peut-être, par Freud lui-même), il crée en 1923 la première consultation psychanalytique hospitalière dans le service de H. Claude, à l'hôpital Sainte-Anne. Fondateur en 1927, avec A. Hesnard, C. Odier et F. de Saussure, de la Revue française de psychanalyse, organe de la Société psychanalytique de Paris, créée l'année précédente et dont il est le premier président, il occupe une place prépondérante dans le mouvement psychanalytique français jusqu'en 1945. Pour des raisons en partie politiques, il est amené à prendre certaines distances et s'installe à Casablanca en 1947. Il en revient en 1956 (lors de l'indépendance du Maroc) pour partager une vie de semi-retraite entre son cabinet parisien et sa résidence de Plan-de-Grasse dans les Alpes-Maritimes.

Son œuvre psychanalytique, considérable, est davantage celle d'un vulgarisateur littéraire très doué que d'un véritable chercheur. Il a écrit, d'ailleurs, un roman intitulé Misère de l'homme, qui connut un certain succès. Son ouvrage La Psychanalyse et les névroses, écrit avec R. Allendy en 1924, ses études historiques et littéraires sur Robespierre, Rousseau, Baudelaire, Talleyrand ont touché un large public, l'initiant aux perspectives psychanalytiques. Ses articles publiés dans des revues philosophiques, littéraires et religieuses sont extrêmement nombreux. Un tel besoin de vulgarisation de la psychanalyse est sans doute responsable chez cet auteur d'une certaine dispersion et d'un certain manque de rigueur.

Parmi ses ouvrages plus scientifiques, on peut signaler ses premières études sur la schizophrénie et la « schizonoia », sa Clinique psychanalytique (1936), rédigée à partir de conférences à de futurs psychanalystes de 1934 à 1936 (traduite en anglais et éditée dans la célèbre International Psychoanalytical Library), ses travaux avec Hesnard sur les « processus d'autopunition » (Psychopathologie de l'échec, 1938), et avec Leuba sur la « névrose familiale ». Mais c'est peut-être dans Relativité de la réalité (1937) que Laforgue fournit sa contribution la plus originale en tentant de décrire le développement des fonctions cognitives dans ses relations avec l'évolution libidinale. C'est là qu'apparaît pour la première fois le terme de scotomisation pour désigner ce qui représenterait, sur le plan perceptif et cognitif, l'équivalent du refoulement sur le plan affectif.

Malgré son goût pour les généralisations hâtives et un certain mépris pour les méthodes scientifiques (dans Au-delà du scientisme, il ne cache pas son opposition à la « science promue religion » ni ses « amitiés pour l'irrationnel »), Laforgue a été un des pionniers du mouvement psychanalytique et sans doute le plus chaleureux vulgarisateur de la pensée freudienne en France au cours des années 1920-1940.

— Jacques POSTEL

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Écrit par

  • : médecin-chef au centre hospitalier Sainte-Anne, Paris

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • ÉCHEC

    • Écrit par Eliane AMADO LEVY-VALENSI
    • 5 098 mots
    • 1 média
    Dans sa Psychopathologie de l'échec, René Laforgue tente de cerner les aspects cliniques du syndrome d'échec. Par là même, il se situe dans la ligne d'un des ouvrages les plus lus de Freud, Psychopathologie de la vie quotidienne, qui souligne l'intention sous-jacente aux ratés courants...

Voir aussi