ARENAS REINALDO (1943-1990)

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Né le 16 juillet 1943 dans un village de la province de Holguín (Cuba), Reinaldo Arenas passa son enfance à Peronales, au sein d'une famille rurale modeste. À quinze ans, il rejoignait les forces de la guérilla engagée par Fidel Castro pour renverser la dictature de Batista. Boursier de la révolution, il étudia à l'université de La Havane, puis travailla à la Bibliothèque nationale, préparant un premier roman, Célestin avant l'aube (devenu Le Puits), dont la publication en 1967 attira 1'attention de José Lezama Lima. Fortement autobiographique, ce roman évoque l'histoire d'un petit paysan se défendant contre la réalité sordide incarnée par des adultes primitifs, voués depuis toujours à la misère, sous un soleil dévastateur. En compagnie de son cousin Celestino, un gamin poète qui couvre de ses phrases toutes les surfaces vierges qu'il rencontre, le narrateur devient un magicien métamorphosant en conte fantastique le récit de ses déboires dans un monde rude qu'aucune révolution n'a encore transformé. Comme soumis à la lévitation du vaudou, les personnages agressifs apparaissent et disparaissent ou se transforment momentanément en arbres, en urubus ou en scorpions. La transfiguration naïve, l'invention baroque, le rêve à l'état pur règnent ici en maîtres. Deux caractéristiques fondamentales de Reinaldo Arenas se font jour : l'instinct contestataire et l'humour au vitriol. Reconnu, mais boudé par la critique officielle qu'effrayait cet art décapant, Arenas écrivit un deuxième roman qui fut d'abord publié en traduction française : Le Monde hallucinant (1969). Le protagoniste en est le dominicain Servando Teresa de Mier, patriote rebelle mexicain du siècle des Lumières, assez anticonformiste pour refuser d'être exploité par les chantres de la révolution et surtout pour reprendre à son compte le refrain optimiste qui prétend que « nous sommes au paradis et que tout est parfait ». S'identifiant à un personnage historique pour lui exemplaire et lui prêtant ses propres rêves, Arenas se livrait en fait à la critique d'une révolution moderne en train d'évoluer. Sa pauvreté d'écrivain qui renonce à toute fonction pour se consacrer à son œuvre et une homosexualité condamnée par le régime l'isolèrent bientôt.

« Je m'assois pour écrire sur une mauvaise chaise qui n'a plus de dossier. J'utilise une vieille machine au ruban usé et du papier d'emballage. J'écris dans une chambre sans air conditionné et presque sans fenêtres. J'ignore le dictionnaire et je lis tout en vrac, depuis les premiers classiques jusqu'au dernier prix littéraire. Mais j'écris avec une confiance énorme, avec optimisme et violence. J'ai beaucoup de choses à dire », déclarait-il alors à Miguel Barnet. Deux ans après la publication en France du Palais des blanches mouffettes (1972), il est poursuivi et emprisonné au fort de El Morro, à La Havane.

En 1980, l'exode de Mariel lui permet de quitter Cuba et de s'installer aux États-Unis. Travaillant dans l'édition ou l'enseignement, il dirige la revue Mariel (1983-1985) et réécrit plusieurs de ses romans saisis à Cuba. Après avoir réuni ses nouvelles des années 1965-1980 sous le titre Fin de défilé (1981), il intensifie sa production sans que s'épuise son attachement au sol natal, sans cesse bousculé par une imagination débridée et la truculence irrévérencieuse de son écriture.

Encore une fois la mer (1982) présente l'affrontement burlesque d'un homme et d'une femme du peuple en rupture de couple et qui opposent leurs souvenirs, leurs fantasmes et leurs délirantes phobies, tandis qu'une entreprise galactique dirige électroniquement les faits et gestes d'un leader de la révolution. La Colline de l'Ange (1989) est une ingénieuse parodie érotique de Cecilia Valdés, chef-d'œuvre de l'écrivain Cirilo Villaverde consacré à la société cubaine du xixe siècle, à l'époque de l'esclavage. Voyage à La Havane (1990) mêle réalité et fantastique pour exorciser la ville à jamais perdue par le souvenir. Se sachant atteint du sida depuis 1987 et refusant toute déchéance physique, Reinaldo Arenas s'est donné la mort à New York le 7 décembre 1990, laissant achevés un livre de Mémoires, Avant la nuit, un recueil de nouvelles, Adieu à Maman, et deux romans : La Couleur de l'été et L'Assaut.

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  • : maître de conférences à l'université de Paris-IV-Sorbonne

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Claude COUFFON, « ARENAS REINALDO - (1943-1990) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/reinaldo-arenas/