RECHERCHES SUR DES HYBRIDES VÉGÉTAUX (G. Mendel)

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Au cours de deux conférences successives devant la Société des sciences naturelles de Brünn (selon l’appellation autrichienne, Brno en République tchèque), les 8 février et 8 mars 1865, Gregor Mendel rapporte les résultats qu’il a obtenus sur l’hybridation des végétaux et sur la manière dont les caractères des parents se répartissent dans la descendance. Ces travaux furent publiés en allemand l’année suivante, dans le bulletin de cette même société savante, peu cités et commentés jusqu’à leur redécouverte à la fin du xixe siècle (Versuche über Pflanzenhybriden, «Recherches sur des hybrides végétaux»). Les règles déduites statistiquement de ses expériences par Mendel, de transmission des caractères parentaux à la descendance, furent alors reformulées sous le nom de « lois de Mendel ». Ce n’est donc que plus tardivement, à partir du début du xxe siècle, que l’on va considérer Mendel comme le fondateur de la génétique.

« Des expériences sur des hybrides végétaux » de Mendel

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			« Des expériences sur des hybrides végétaux » de Mendel

L'article sur l'hybridation des végétaux de Mendel, qui reprend ses conférences de 1865,  est un modèle d'utilisation de la logique mathématique pour une expérience de biologie. On note ici l'introduction des codes (A,a, B, b, etc.) qui définissent  l'origine (pollen et ovule) et la... 

Crédits : DTA, 2014

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Lorsque l’on examine le contexte scientifique des expériences de Mendel, cette paternité n’est pas simple à affirmer. D’abord, la génétique en tant que telle, n’existait pas et n’a pu prendre corps qu’avec la démonstration par August Weissmann, dans les années 1880, de l’existence d’une continuité des cellules de la lignée germinale porteuses des « signes » des caractères héréditaires (le germen), distincte des transformations que les cellules du corps (le soma) subissaient, mais ne transmettaient pas. Ensuite, l’idée de la génétique comme science supposait une théorie sur la nature physique de la transmission des caractères héréditaires, laquelle n’existait pas. Mendel a été ainsi redécouvert dans le courant des recherches qui mènent à la théorie chromosomique de l’hérédité au début xxe siècle. Enfin, le contexte intellectuel de l’époque favorisait, dans le cas des hybrides, la transmission des caractères par mélange. Mendel utilisait les hybrides végétaux pour établir les règles formelles de transmission de caractères alléliques, comme d’autres chercheurs de l’époque. Ce nom n’existe pas encore, mais son concept est présent chez Mendel. Ce qui appartient en propre à Mendel est d’avoir introduit la totalité d’une méthode expérimentale : avoir réalisé des croisements entre plantes-parents ne différant que par un ou deux caractères alléliques héréditaires simples associés soit au pollen, soit à l’ovule ; avoir croisé entre elles les plantes de première puis de seconde génération ; avoir conçu la symbolisation de la notation des caractères (qui est utilisée jusqu’actuellement) ; avoir introduit les notions de dominance et de récessivité ; avoir travaillé sur de grands nombres de croisements et avoir enfin analysé statistiquement la distribution des caractères étudiés après chaque hybridation. En d’autres termes, Mendel a défini avec précision un système modèle, une expérimentation et surtout une méthode d’analyse statistique des résultats permettant de formuler des règles de transmission des caractères entièrement différentes de celles de l’hérédité par mélange. La reformulation des lois qui portent son nom est quant à elle directement liée à la naissance de la génétique en tant que science vers 1900.

Les études sur les hybrides étaient cruciales en agronomie, en ce qui concerne l’amélioration des plantes et des animaux d’élevage par croisements et sélections successives. Brünn était un centre d’industrie lainière important et on s’y intéressait fort à l’amélioration de la production, préoccupation partagée par de nombreux pays. Le monastère où vivait Mendel, et dont il devint plus tard le père supérieur, était lui-même producteur de laine et, de surcroît, un centre d’études réputé pour la transmission sexuelle des caractères héréditaires. À Vienne, de 1851 à 1853, Mendel reçoit l’enseignement de Franz Unger, un spécialiste de l’apparition de caractères nouveaux chez les plantes et de leur transmission. En 1854, de retour à Brünn, Franz Diebl lui apprend, à propos de l’hérédité, l’importance de la pollinisation artificielle pour l’étude de la transmission des caractères. Enfin, la société des sciences naturelles de Brünn est créée en 1861, largement pour y débattre des problèmes d’hérédité entre scientifiques – dont Unger et Mendel – et éleveurs. Les recherches de Mendel s’inscrivent ainsi dans un contexte socio-économique et scientifique local très dynamique. Pourquoi donc, alors qu’ils apportaient une sorte de réponse théorique au « problème des hybrides », les travaux de Mendel ont-ils été accueillis avec une sorte d’indifférence ? Les historiens des sciences donnent deux raisons principales. L’une est que l’appareillage théorique et le mode de raisonnement mathématique de Mendel sont incompréhensibles pour ses lecteurs de l’époque. La seconde est très probablement que cette question était fréquemment débattue par les éleveurs de moutons à laine, qui favorisaient l’hérédité par mélange et se souciaient assez peu d’une nouvelle et complexe théorie.

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Écrit par :

  • : chercheur en histoire des sciences, université Paris-VII-Denis-Diderot, ancien chef de service à l'Institut Pasteur

Pour citer l’article

Gabriel GACHELIN, « RECHERCHES SUR DES HYBRIDES VÉGÉTAUX (G. Mendel) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/recherches-sur-des-hybrides-vegetaux/