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RAFLE DU VEL D'HIV

L’organisation

Sous l’œil du commissaire général aux questions juives Louis Darquier de Pellepoix, les cadres de la PP négocient les modalités de l’action avec Theodor Dannecker, responsable des « affaires juives » de la Gestapo à Paris : limites d’âge (16-60 ans pour les hommes, 16-55 ans pour les femmes), exemptions (réduites pour l’essentiel aux femmes ayant des enfants de moins de deux ans et aux épouses de prisonniers de guerre), etc. L’objectif est d’arrêter entre 22 000 et 25 000 juifs. Pour les nazis, il est entendu que les enfants seront pris avec leurs parents, puis gardés jusqu’à leur déportation et leur assassinat à Auschwitz, qu’ils prévoient quelques semaines plus tard.

Comme pour les premières rafles de 1941, l’essentiel de la logistique repose sur la police municipale. Elle seule possède les effectifs nécessaires (plus de 16 000 des quelque 20 000 agents de la PP sont des gardiens de la paix) et l’expérience des opérations de voie publique. Une fois les fiches des cibles extraites du « fichier juif », près d’une centaine de policiers municipaux les recopient minutieusement : 27 391 fiches d’arrestation sont établies. Elles sont ensuite distribuées par arrondissement (20) et par circonscription suburbaine (25) à l’intention des 45 commissaires chargés d’exécuter l’opération.

L’enjeu majeur est clairement la mobilisation du personnel. Pour le directeur de la police municipale de la PP Émile Hennequin, il est impensable que la rafle perturbe le « service normal » de ses hommes : maintien de l’ordre, circulation, etc. De fait, seules 1 600 équipes, composées de 3 200 policiers, sont constituées. En outre, 1 000 agents sont chargés de garder les centres où les juifs arrêtés seront d’abord rassemblés. En comptant les escortes pour les bus et les transferts, environ 4 500 policiers sont mobilisés au total.

À la veille des opérations, les « consignes pour les équipes chargées des arrestations » sont distribuées. Les agents n’ont pas à « discuter » les « observations qui peuvent être formulées » ni à tenir compte de « l’état de santé » des victimes. Une fois les appartements vidés, ils doivent s’assurer que les compteurs de gaz, d’électricité et d’eau sont bien fermés, et remettre animaux et clés au concierge. La liste des papiers, effets et ustensiles à emporter est également définie avec précision : « 2 couvertures, 1 paire de chaussures, 2 paires de chaussettes », etc. Outre l’objectif d’efficacité, le but de ces consignes est de restreindre au maximum les interactions entre la police et les juifs afin de prévenir toute tentative de corruption.

La rafle dite du Vel d’Hiv est, ainsi, d’abord et avant tout une opération de police, planifiée dans les moindres détails.

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Pour citer cet article

Laurent JOLY. RAFLE DU VEL D'HIV [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

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